Dix ans d’alertes, des audits techniques inquiétants, un remorqueur arrivé en « fin de vie », des problèmes de maintenance et, pourtant, une certification le déclarant apte au service quelques jours avant le drame. Dans un volumineux rapport consacré au naufrage du Sir Gaëtan, Alain Malherbe remet aujourd’hui sur la table une question dérangeante : cette tragédie du 31 août 2020 aurait-elle pu être évitée ?
Le document de 70 pages, signé Alain Malherbe, défend une thèse sans détour : la disparition du Sir Gaëtan, qui coûta la vie à quatre marins, ne serait pas simplement la conséquence d’un accident en mer, mais l’aboutissement d’une succession de défaillances et d’avertissements qui n’auraient pas été suffisamment pris en considération.
Premier élément troublant : les problèmes du remorqueur étaient connus depuis longtemps. Dès 2009, un audit de Burness Corlett–Three Quays relevait notamment une boîte de vitesses sérieusement endommagée, de la corrosion sévère et des problèmes affectant les moteurs. Le rapport recommandait d’importantes réparations et envisageait son maintien en service jusqu’en 2019.
Mais c’est surtout l’année 2020 qui interpelle. En février, une lettre anonyme adressée au Premier ministre et à l’ICAC dénonçait l’état de la flotte et le manque de compétences spécialisées au sein du département de Marine Engineering. Quelques jours plus tard, les skippers de la MPA signalaient par écrit que le Sir Gaëtan, alors âgé de 27 ans, n’opérait pas à sa capacité optimale et que son treuil de remorquage présentait des dysfonctionnements.
Puis vient un élément particulièrement lourd : l’audit de Keel Marine. Le consultant britannique estimait que le Sir Gaëtan avait atteint sa « fin de vie » ou était prêt à être retiré du service. Il relevait également l’absence d’un véritable système de maintenance planifiée, le manque de personnel clé et de pièces de rechange ainsi que des installations de maintenance inadéquates.
Pourtant, le 21 août 2020, soit dix jours avant le naufrage, un Vessels Daily Checklist signé au sein de la Marine Engineering Unit déclarait le remorqueur « fit in all respects ». Alain Malherbe souligne la contradiction entre cette validation et les multiples évaluations techniques antérieures faisant état de déficiences.
Autre élément avancé dans le rapport : le Sir Gaëtan aurait perdu ses ancres lors d’un précédent déplacement vers Pointe-d’Esny. L’auteur affirme que cet épisode n’apparaît ni dans les rapports officiels ni dans les travaux de la Court of Investigation et soutient, photographies à l’appui, qu’une ancre plus petite provenant du remorqueur Talipot aurait ensuite été utilisée.
Le rapport conteste aussi la thèse d’une collision avec la barge L’Ami Constant. À partir de photographies, Alain Malherbe affirme ne distinguer sur celle-ci ni déformation ni traces d’impact compatibles avec une collision violente, et s’interroge sur l’existence d’une expertise marine indépendante de la barge après le drame.
Au bout des 70 pages, le véritable sujet dépasse donc l’état d’un remorqueur. C’est toute la chaîne de décision qui est mise en cause. Le rapport réclame notamment la publication de celui de la Court of Investigation, une nouvelle enquête technique indépendante menée avec des experts en ingénierie maritime et un réexamen des responsabilités à différents niveaux de la MPA et de l’administration maritime.
Cette publication intervient également à l’approche d’un moment de recueillement. Un candlelight memorial est annoncé devant le Parlement le lundi 31 août 2026, date qui marquera les six ans du naufrage du Sir Gaëtan. Un hommage aux quatre marins disparus, mais aussi un rappel d’une affaire dans laquelle, six ans plus tard, une question reste entière : combien d’alertes faut-il avant qu’un navire ne soit empêché de prendre la mer ?
Le rapport d’Alain Malherbe, intitulé Tug Sir Gaëtan Tragic Loss – A Tragedy Written in Advance…, est disponible in toto sur le lien suivant : Cette publication intervient également à l’approche d’un moment de recueillement. Un candlelight memorial est annoncé devant le Parlement le lundi 31 août 2026, date qui marquera les six ans du naufrage du Sir Gaëtan. Un hommage aux quatre marins disparus, mais aussi un rappel d’une affaire dans laquelle, six ans plus tard, une question reste entière : combien d’alertes faut-il avant qu’un navire ne soit empêché de prendre la mer ?
Le rapport d’Alain Malherbe, intitulé Tug Sir Gaëtan Tragic Loss – A Tragedy Written in Advance…, est disponible in toto sur le lien suivant : https://fr.scribd.com/document/1079238464/Tug-Sir-Gae-tan