Décidément, cette histoire d’hernie devient très douloureuse. Pas tant pour le ministre de la Santé, Anil Bachoo, à qui nous souhaitons naturellement un prompt rétablissement, mais pour l’intelligence des Mauriciens.
Il y a quelques jours, le ministre expliquait que son chirurgien privé, le Dr Pravish Sookha, était présent à l’hôpital Jeetoo uniquement comme « observateur ». Un spectateur médical, donc. Présent au bloc opératoire, mais sans participer à l’intervention.
Puis, ce mardi au Parlement, le Premier ministre Navin Ramgoolam a livré une précision plutôt importante : ce serait le Dr Sookha lui-même qui aurait pratiqué l’opération. Pas observé. Opéré.
Mais attention, nous dit le Premier ministre : le ministre Bachoo était sous anesthésie et ne savait probablement pas ce qui se passait.
Voilà une explication qui mérite sa place dans les grands classiques de la communication politique mauricienne.
Car chacun sait qu’avant une opération, on ne parle jamais du chirurgien qui va intervenir, ni de la technique qui sera utilisée, ni de l’équipe médicale. Et après l’opération, personne ne vous explique non plus qui vous a opéré. Surtout pas quand il s’agit de votre médecin personnel, celui qui vous suit depuis des années et que vous auriez vous-même demandé à avoir auprès de vous.
On vous endort, on vous réveille, et entre les deux, surprise : le médecin « observateur » est peut-être devenu chirurgien. Ou peut-être pas. Personne ne saurait le dire. Pas même le ministre de la Santé, apparemment.
C’est donc très simple : M. Bachoo disait que le Dr Sookha observait. Le Premier ministre dit que le Dr Sookha opérait. Deux versions, une seule opération, et une anesthésie qui semble avoir également endormi la vérité.
Le fond de l’affaire est pourtant sérieux. Un Mauricien ordinaire peut-il demander que son chirurgien privé entre dans un bloc opératoire d’un hôpital public ? Peut-il obtenir les mêmes facilités, les mêmes autorisations et le même traitement ? Si oui, que le gouvernement publie le protocole. Si non, pourquoi le ministre de la Santé aurait-il bénéficié d’un régime particulier ?
Et si un ministre a bénéficié, en raison de sa fonction, de facilités auxquelles le citoyen ordinaire n’a pas accès, ne faut-il pas au moins se demander si cela ne s’apparente pas à l’usage d’une charge publique pour obtenir une gratification ou un avantage indu ? La question mérite d’être posée, non pas pour condamner d’avance qui que ce soit, mais parce que les règles doivent être les mêmes pour tous.
Où sont les registres du bloc opératoire ? Où sont les notes chirurgicales ? Qui était officiellement inscrit comme chirurgien responsable ? Le Dr Sookha avait-il une autorisation écrite pour être dans le bloc ? Pour observer ? Pour opérer ? Qui l’a autorisé ? Sous quelle règle ? Qui aurait porté la responsabilité en cas de complication ? Et combien de Mauriciens ordinaires ont obtenu une telle faveur ?
Ce ne sont pas des questions politiques mesquines. Ce sont les questions normales que devrait se poser toute population lorsqu’un ministre responsable de la santé publique reçoit un traitement qui paraît sortir de l’ordinaire.
Mais cette affaire s’ajoute surtout à une série d’explications gouvernementales qui semblent exiger des Mauriciens qu’ils renoncent à leur bon sens. La voiture officielle à Rs 30 millions, justifiée par les mystérieuses pannes répétées de l’ancienne. L’absence du Premier ministre à l’ONU, expliquée par le coût des billets d’avion. Et maintenant, le ministre qui ne saurait pas qui l’a opéré parce qu’il dormait.
Comment un ministre peut-il mentir à toute une population ? Mentir avant les élections avec toutes sortes de promesses, puis mentir après les élections… Sur quoi mentira-t-il encore durant les trois années qui restent ?
Ene mauvais l’hernie, en effet.