À chaque intervention parlementaire du ministre des Transports Osman Mahomed, on se demande désormais si l’objectif est d’informer… ou de détourner. Cette semaine encore, sous couvert d’immunité parlementaire, une nouvelle salve d’accusations a été lancée contre l’ancienne direction de la CNT.
Le chiffre choc ? Un bus sur cinq en panne.
Le raccourci ? Une prétendue explication liée aux prix de pièces détachées… payées il y a des années.
Des pièces achetées trop chères il y a des années expliqueraient aujourd’hui des pannes ? Voilà une mécanique bien surprenante… le lien de cause à effet semble pour le moins audacieux. Car enfin, de quoi parle-t-on exactement ? Si aujourd’hui des bus sont hors service et que cela perturbe les passagers, la responsabilité est actuelle, pas historique. Cela fait maintenant plus d’un an et demi que la nouvelle équipe, nommée par ce gouvernement, est aux commandes. Faut-il comprendre qu’aucune politique sérieuse de maintenance, de réparation ou de renouvellement n’a été mise en place depuis ? Ou bien que l’on préfère regarder dans le rétroviseur plutôt que de tenir le volant ?
Derrière ce brouillard, une question simple s’impose : cherche-t-on à expliquer une contre-performance actuelle… ou à désigner un coupable commode ? Le nom de Rao Ramah revient avec insistance. Trop d’insistance pour être anodine. Une répétition qui, à tort ou à raison, peut être perçue comme une forme de pression personnelle.
Certains y verront peut-être davantage qu’un simple réflexe politique. Rao Ramah a aussi été Senior Adviser au Prime Minister’s Office entre 2011 et 2014, et un soutien connu au Ptr, avant de rejoindre la CNT sous un autre régime. Dès lors, la question peut légitimement être posée : assiste-t-on à une forme de règlement de comptes politique en même temps qu’à une tentative de désigner un responsable ? Faire d’une pierre deux coups, en somme ?
Car pendant que l’on parle de pannes, un fait majeur semble étrangement relégué au second plan. La semaine dernière, en grande pompe, le gouvernement, avec le Premier ministre et M.Jaishankar, l'actuel ministre des Affaires étrangères de l'Inde, procédait au lancement officiel de 100 bus électriques offerts par l’Inde. Une avancée majeure pour le transport public mauricien. Mais d’où vient réellement ce projet ?
Tout le secteur le sait : cette initiative est le fruit d’un travail entamé sous l’ancienne administration, pilotée par Rao Ramah, avec le soutien de l’ex-ministre Alan Ganoo. Vision, négociation, planification… rien de tout cela ne s’improvise en quelques mois.
Dès lors, une autre question se pose : ce soudain déluge d’accusations n’est-il pas opportunément synchronisé pour brouiller la mémoire collective ? Une tentative de réécrire l’histoire pendant que les rubans sont coupés et les photos officielles prises ?
Ce ne serait pas une première.