Une lettre adressée directement à la Banque mondiale vient jeter un véritable pavé dans la mare du secteur maritime mauricien. Signé par Alain Malherbe, professionnel indépendant du secteur portuaire avec près de cinquante ans d’expérience, le document dresse un constat particulièrement sévère sur l’état actuel de la gouvernance et du fonctionnement du port de Port-Louis.
Datée du 19 mai 2026, cette communication évoque une série de préoccupations liées à la transparence, à la performance opérationnelle et à la gestion institutionnelle du secteur portuaire mauricien. Mais au-delà du ton diplomatique employé, le message est clair : selon l’auteur, le port mauricien traverse une phase de détérioration progressive qui menace directement sa crédibilité et sa compétitivité régionale.
Le fait que cette lettre soit adressée à la Banque mondiale donne une portée encore plus sensible au dossier. Alain Malherbe rappelle d’ailleurs que cette institution a historiquement accompagné Maurice dans la modernisation de son infrastructure portuaire avec un objectif précis : faire du pays un hub maritime crédible, transparent et performant.
Or, selon lui, ces ambitions seraient aujourd’hui compromises par de multiples dysfonctionnements.
Le document évoque notamment une baisse visible de la performance du port de Port-Louis dans les classements internationaux malgré les investissements consentis au fil des années. Il soulève aussi des inquiétudes autour des procédures de procurement, des contrats liés au secteur maritime et des perceptions grandissantes de manque de transparence dans certaines prises de décision.
Plus troublant encore, Alain Malherbe affirme qu’au sein même du secteur maritime, de nombreux professionnels ont désormais le sentiment que les considérations politiques et administratives prennent progressivement le dessus sur l’expertise technique.
La lettre revient également sur le dossier sensible du remorqueur Sir Gaëtan Duval. L’auteur estime que l’absence persistante de publication du rapport de la Cour d’Investigation continue d’alimenter un climat de méfiance et d’opacité autour des institutions concernées.
D’autres sujets délicats sont également soulevés, notamment les questions entourant les opérations de remorqueurs, certains contrats d’affrètement prolongés ainsi que les possibles conflits entre fonctions de régulation et intérêts opérationnels au sein du même écosystème institutionnel.
Dans ses recommandations, Alain Malherbe appelle à un renforcement urgent de la transparence institutionnelle, à une séparation plus stricte entre régulation et opérations commerciales, ainsi qu’à un retour à une culture de méritocratie technique et de responsabilité publique.
Le constat final est sans détour : selon lui, les investissements et les infrastructures seuls ne suffiront pas à sauver l’avenir du secteur maritime mauricien si la gouvernance, l’intégrité opérationnelle et la crédibilité institutionnelle continuent de s’affaiblir.