Le vrai sujet n’est pas Rs 221 000. Ce n’est même pas le sponsoring. C’est la compatibilité entre deux casquettes.
D’un côté, Pascal Jean Meyepa exerce comme Racing Analyst sous contrat auprès de la Gambling Regulatory Authority (GRA/HRID), chargée de veiller à l’intégrité et à la régulation de l’industrie hippique. De l’autre, il détient des intérêts dans des sociétés évoluant dans ce même univers des courses.
C’est cette situation qui soulève aujourd’hui des questions d’éthique, de transparence et surtout d’indépendance.
L’affaire a émergé après la huitième course de la 13e journée au Champ de Mars, The Racing Orax Cup, remportée par Pave With Gold. Racing Orax Ltd, sponsor de l’épreuve pour laquelle un prix de Rs 221 000 était affiché, a été créée le 9 avril 2026. Ses actions sont détenues à parts égales par Pascal Jean Meyepa et Andrew Berger Louis Meyepa.
Mais les Rs 221 000 ne sont finalement qu’un élément déclencheur.
La véritable question est ailleurs : un Racing Analyst travaillant pour le régulateur peut-il simultanément détenir des intérêts commerciaux dans une société qui intervient dans l’écosystème hippique et qui sponsorise une course ?
Et surtout, où se situe la frontière entre ses fonctions auprès du régulateur et ses intérêts privés ?
La question devient encore plus pertinente avec Collateral Form Guide Ltd. Pascal Jean Meyepa est également lié à cette société, qui commercialise des abonnements donnant accès à des analyses et données sur les courses mauriciennes.
On se retrouve donc face à une situation qui mérite une clarification : celui qui analyse l’industrie pour le compte du régulateur peut-il parallèlement avoir des intérêts financiers dans des activités commerciales liées à cette même industrie ?
Il ne s’agit pas, à ce stade, d’affirmer qu’un conflit d’intérêts est établi ou qu’une faute a été commise. Encore faut-il connaître les déclarations effectuées, les éventuelles autorisations obtenues et les garde-fous mis en place par la GRA.
Mais l’éthique d’un régulateur ne repose pas uniquement sur l’absence d’un conflit avéré. Elle repose aussi sur la nécessité d’éviter toute situation pouvant raisonnablement donner l’apparence d’un conflit d’intérêts.
C’est précisément pourquoi plusieurs questions doivent maintenant obtenir des réponses.
La GRA était-elle informée des intérêts détenus par Pascal Jean Meyepa dans Racing Orax Ltd et Collateral Form Guide Ltd ? Ces intérêts ont-ils été formellement déclarés ? Le sponsoring de The Racing Orax Cup a-t-il fait l’objet d’une déclaration ou d’une autorisation préalable ? Et quelles mesures ont été prises pour garantir que ses activités privées ne puissent interférer, directement ou indirectement, avec ses fonctions de Racing Analyst ?
Le Code of Ethics de la GRA/HRID contient également des dispositions relatives aux conflits d’intérêts, à l’utilisation de fonctions officielles à des fins personnelles et aux relations avec les acteurs du secteur régulé.
C’est donc moins Pascal Jean Meyepa seul que le système de contrôle interne de la GRA qui est désormais interpellé.
Le board était-il au courant ? Le Chief Executive Chhayan Ringadoo en avait-il connaissance ? Le Head of Integrity de la HRID, Paul Beeby, a-t-il été saisi ? Si tout a été déclaré et autorisé, la GRA peut simplement le dire et expliquer les mécanismes mis en place pour préserver l’indépendance de son analyste.
Dans le cas contraire, la situation mérite d’être examinée.
Car après les nombreuses controverses ayant secoué l’hippisme mauricien, la reconstruction de cette industrie passe nécessairement par la crédibilité de son régulateur.
La question n’est donc plus de savoir qui a sponsorisé une course à Rs 221 000. Elle est beaucoup plus fondamentale : peut-on avoir un pied dans la régulation des courses et l’autre dans des intérêts commerciaux liés à cette même industrie ?