« Although it’s illegal, no one is going to stop you. We dive every day. » La phrase est écrite noir sur blanc. Elle émane d’un jeune ressortissant chinois proposant à Maurice des sorties permettant de nager et de plonger avec les baleines. Une activité pourtant interdite.
topnews.mu a testé le système en se présentant comme un client potentiel. Quelques échanges ont suffi pour obtenir les tarifs, les conditions de réservation et, surtout, un aveu particulièrement troublant : l’activité est illégale, mais selon notre interlocuteur, personne ne viendra l’empêcher.
Et derrière ces quelques messages se dessinent surtout les contours d’un business qui semble bien organisé.
Selon les informations recueillies par topnews.mu, l’opérateur cible essentiellement une clientèle de touristes chinois séjournant à Maurice. Il ne disposerait pas lui-même du bateau utilisé pour les sorties, mais travaillerait avec une compagnie maritime locale basée sur la côte ouest, qui fournirait l’embarcation nécessaire aux excursions.
Cette collaboration soulève forcément des questions. Qui fournit les bateaux ? Qui sont les skippers ? Quelles vérifications sont effectuées avant ces sorties ? Et surtout, comment une activité interdite peut-elle être proposée avec une telle facilité ?
Rs 7 000 par personne, et jusqu'à Rs 23 000 pour les images
Le tarif communiqué à notre journaliste est de USD 150 par personne, soit environ Rs 7 000, pour quatre à cinq heures en mer, avec un maximum de huit clients. Palmes, masque et tuba sont compris. Un acompte de 50 % est demandé pour confirmer la réservation.
La commercialisation va jusqu'à proposer des prestations destinées à immortaliser l'expérience : USD 150 pour un tournage GoPro et USD 500, soit plus de Rs 23 000, pour une prestation professionnelle avec une Sony A1.
Prix, réservation, équipement, images : tout est présenté comme une excursion touristique parfaitement ordinaire.
Sauf qu'elle ne l'est pas.
Lorsque notre journaliste évoque directement l'interdiction, la réponse est désarmante : « Although it’s illegal, no one is going to stop you. We dive every day. »
« Même si c'est illégal, personne ne vous arrêtera. Nous plongeons tous les jours. »
Une loi qui semble ne plus faire peur
La réglementation mauricienne interdit pourtant aux opérateurs et skippers de permettre aux clients de nager, plonger ou faire du snorkeling avec les baleines.
Dès lors, si des excursions peuvent être organisées régulièrement, commercialisées auprès de touristes étrangers et réalisées avec le concours d'embarcations locales, le problème dépasse largement la responsabilité du seul intermédiaire qui vend l'expérience.
Il pose directement la question du contrôle de toute la chaîne.
Car pendant que ce business prospère, ce sont nos mammifères marins qui subissent les conséquences : bateaux qui s'approchent, nageurs mis à l'eau, multiplication des interactions et pression touristique sur des animaux sauvages déjà vulnérables aux activités humaines.
Et une question devient inévitable : où sont la Tourism Authority, la National Coast Guard et les autres autorités concernées ?
Quand un opérateur étranger peut vendre depuis Maurice une activité interdite, trouver des bateaux pour la réaliser et déclarer tranquillement « We dive every day », il ne suffit plus de rappeler que la loi existe.
Il faut expliquer pourquoi elle ne semble faire peur à personne.
Et surtout, répondre à cette provocation lancée presque avec certitude : « No one is going to stop you. »
Aux autorités mauriciennes, désormais, de lui donner tort.