Rs 20 millions pour renforcer la sécurité de la résidence du président de la République et plus de Rs 30 millions potentiellement déboursées pour une voiture ultra-sécurisée destinée au Premier ministre Navin Ramgoolam. Alors que le gouvernement appelle à la rigueur et insiste sur l’état difficile des finances publiques, plus de Rs 50 millions seraient ainsi mobilisées pour protéger le sommet de l’État. Une question s’impose : contre quoi, ou contre qui, se protège-t-on à ce prix ?
La sécurité du président de la République et du Premier ministre n’est évidemment pas négociable. Mais c’est le niveau de protection choisi, et surtout son coût, qui interpelle dans le contexte économique actuel.
La nouvelle BMW G70 i7 Protection utilisée par Navin Ramgoolam aurait coûté environ Rs 29 millions à la commande. Avec les frais liés à l’importation, aux équipements et à sa mise en service, la facture pourrait dépasser Rs 30 millions, voire atteindre Rs 35 millions. Ces montants restent toutefois à être officiellement confirmés.
Il ne s’agit surtout pas d’une simple voiture de luxe. La BMW i7 Protection est une véritable forteresse roulante, conçue pour des personnalités exposées à des risques sécuritaires importants. Structure en acier blindé, protections renforcées du toit et du soubassement, vitrages à très haute résistance balistique : son niveau de protection est prévu pour faire face à des menaces particulièrement sérieuses.
D’où la véritable question : qu’est-ce qui justifie aujourd’hui un tel niveau de protection pour le Premier ministre de Maurice ?
Cette interrogation prend davantage de poids lorsqu’on y ajoute les quelque Rs 20 millions destinées à renforcer la sécurité de la résidence présidentielle. Si ces dépenses résultent d’une nouvelle évaluation des risques ou de menaces particulières contre les dirigeants du pays, les autorités devraient pouvoir l’expliquer, sans évidemment dévoiler des informations sensibles.
En revanche, si aucune menace nouvelle ou exceptionnelle n’existe, c’est alors la proportionnalité de ces dépenses qui mérite d’être questionnée.
Le contraste est d’autant plus saisissant que le gouvernement demande aux Mauriciens de comprendre la nécessité de rationaliser les dépenses et de faire des choix difficiles en raison de la situation des finances publiques. La rigueur ne peut pas être exigée uniquement en bas pendant que le blindage s’épaissit en haut.
Personne ne réclame la divulgation des dispositifs de sécurité du président ou du Premier ministre. Mais lorsqu’il s’agit de plusieurs dizaines de millions de roupies provenant des fonds publics, demander des explications relève simplement de la transparence.
Peut-être existe-t-il d’excellentes raisons à ces investissements. Dans ce cas, qu’elles soient expliquées.
Car derrière la BMW, le blindage et les Rs 50 millions, une question demeure : si ceux qui dirigent Maurice éprouvent désormais le besoin de se protéger à ce point, de quoi ont-ils peur ?