Jean Kelyano, 7 mois, tué : combien d’enfants devront encore mourir avant que l’État ne se réveille ?


Sept mois. À peine le temps de découvrir le monde. À peine le temps d’apprendre à sourire, de reconnaître les visages, de tendre les bras vers ceux qui doivent protéger. Jean Kelyano Perrine n’aura pas eu le temps de grandir. Ce dimanche, à Roche-Bois, sa courte vie s’est arrêtée dans des circonstances d’une violence qui glace le sang.

Selon les premiers éléments disponibles, le nourrisson aurait été mortellement poignardé au domicile familial. Son père, Adriano Perrine, âgé de 30 ans, a été arrêté par les limiers de la Criminal Investigation Division (CID) de Roche-Bois.

Le corps du petit Jean Kelyano a été transporté à la morgue de l’hôpital Dr A. G. Jeetoo, où une autopsie doit permettre d’établir avec précision la cause du décès. L’enquête est menée par l’inspecteur Seelochun, sous la supervision du surintendant de police Badal.

La justice devra maintenant établir les faits, déterminer les responsabilités et comprendre ce qui s’est passé dans cette maison.

Mais il reste une image impossible à chasser de l’esprit : celle d’un bébé de sept mois qui ne rentrera plus chez lui.

Un quartier sous le choc

À Roche-Bois, la nouvelle s’est répandue comme une onde de choc. Aux abords des lieux, des habitants se sont rassemblés. Il y avait la stupeur. L’incompréhension. Et surtout cette colère difficile à contenir lorsqu’une victime est un enfant qui ne pouvait ni se défendre, ni fuir, ni appeler au secours.

Comment peut-on en arriver là ?

Comment un nourrisson peut-il perdre la vie dans un endroit où il devrait précisément être le plus protégé ?

Selon des proches de la famille, le père serait un consommateur de drogue synthétique. Il appartient désormais aux enquêteurs de vérifier cette information et de déterminer si une éventuelle consommation a joué un rôle dans les événements. À ce stade, aucun lien de causalité ne peut être affirmé.

Mais cette dimension du drame soulève inévitablement une question qui dépasse cette seule famille.

Combien de foyers sont encore en train de sombrer ?

Depuis des années, Maurice connaît les ravages provoqués par les drogues synthétiques.

Derrière les chiffres des saisies, les opérations policières et les annonces officielles, il y a une réalité beaucoup moins abstraite : des familles qui se déchirent, des parents qui ne reconnaissent plus leurs enfants, des quartiers confrontés quotidiennement au trafic et des enfants qui grandissent parfois au milieu de situations qu’ils n’ont jamais choisies.

Et c’est là que la mort de Jean Kelyano doit nous interpeller collectivement.

Car un bébé de sept mois ne peut pas pousser la porte d’un poste de police. Il ne peut pas contacter les services sociaux. Il ne peut pas dire : « J’ai peur. Venez me chercher. »

Il dépend entièrement des adultes et des institutions censés veiller sur lui.

Lorsqu’un enfant meurt dans des circonstances aussi atroces, il ne suffit donc pas de rechercher uniquement ce qui s’est passé durant les dernières minutes de sa vie. Il faut aussi se demander s’il existait auparavant des signaux de détresse, s’ils étaient connus, et si quelque chose aurait pu être fait.

Où sont les filets de protection ?

C’est la question que le gouvernement et les autorités chargées de la protection de l’enfance ne pourront pas éternellement éviter Comment identifie-t-on aujourd’hui les enfants vivant dans des environnements à haut risque ?

Quel suivi est effectué lorsqu’un foyer est confronté à la toxicomanie, à la violence ou à une profonde détresse sociale ? Les services disposent-ils réellement des ressources humaines et des moyens nécessaires pour intervenir avant le drame ? Ces questions ne préjugent évidemment pas des conclusions de l’enquête sur la mort de Jean Kelyano. Mais elles doivent être posées.

Parce qu’attendre qu’un enfant soit mort pour découvrir qu’un environnement était potentiellement dangereux, c’est déjà intervenir trop tard.

Et derrière la drogue, il y a ceux qui l’alimentent

Il faut aussi regarder plus loin.

La drogue synthétique ne tombe pas du ciel. Elle est fabriquée, acheminée, distribuée et vendue. Derrière elle se trouvent des circuits et des intérêts financiers.

Depuis des années, les gouvernements successifs déclarent la guerre à la drogue. Les saisies sont régulièrement annoncées. Des arrestations sont effectuées.

Pourtant, sur le terrain, le poison continue d’arriver jusque dans les quartiers et jusque dans les familles.

Il faut donc poser les questions jusqu’au bout : qui alimente ces réseaux ? Comment fonctionnent-ils ? Pourquoi parviennent-ils à se renouveler ? Existe-t-il des complicités ? Où se trouvent les véritables commanditaires ?

S’il existe des réseaux mafieux, il faut les démontrer, les démanteler et poursuivre ceux qui les dirigent ou les protègent, plutôt que de laisser le débat se limiter aux consommateurs et aux petits revendeurs.

Il s’appelait Jean Kelyano

Dans quelques jours, l’actualité aura peut-être changé. D’autres titres remplaceront celui-ci. D’autres polémiques occuperont les réseaux sociaux. La vie reprendra son cours. Mais pas pour cette famille. Pas pour ceux qui ont connu ce bébé. Et surtout, pas pour Jean Kelyano. Il avait sept mois.

Il aurait dû avoir son premier anniversaire. Faire ses premiers pas. Prononcer ses premiers mots. Aller un jour à l’école. Devenir adolescent. Puis adulte.

Tout cela lui a été arraché.

Alors oui, il faut que la police enquête. Il faut que la justice établisse les responsabilités. Mais il faut également que l’État regarde cette tragédie en face et se pose une question beaucoup plus douloureuse : combien d’enfants vivent, aujourd’hui même, dans des situations où personne n’entend leur détresse ?

La mort de Jean Kelyano ne doit pas devenir un fait divers de plus. Elle doit provoquer un électrochoc. Parce qu’un pays se juge aussi à la manière dont il protège ceux qui ne peuvent pas se protéger eux-mêmes. Et à sept mois, Jean Kelyano ne pouvait compter que sur nous, les adultes. Aujourd’hui, il est trop tard pour lui. Faisons au moins en sorte qu’il ne soit pas trop tard pour les autres.

Previous Pierrefonds II : entre frustrations et fantasmes, retour à la réalité
Next Rs 50 millions pour se mettre à l’abri : de quoi le sommet de l’État a-t-il peur ?