Histoire d’une trahison – Chapitre 2 : Jyoti Jeetun, une trajectoire qui intrigue, divise, et interroge.


Dans ce deuxième chapitre consacré à ce qui est désormais qualifié par certains comme le “Gang des 16”, le projecteur se tourne vers une figure singulière du paysage politique mauricien : la ministre des Services financiers, Jyoti Jeetun. Une trajectoire qui intrigue, divise, et interroge.

Avant la politique, Jyoti Jeetun s’est construite dans les sphères économiques et institutionnelles. Recrutée comme Company Secretary au Sugar Investment Trust (SIT) le 21 novembre 1994, elle gravit rapidement les échelons jusqu’à devenir Chief Executive Officer le 27 juillet 2000.

Mais en 2005, rupture brutale. Le 19 août, elle est licenciée sans préavis par le gouvernement de Navin Ramgoolam. Une décision soudaine, sans explication publique, qui marque un tournant décisif dans son parcours. Loin de se résigner, Jyoti Jeetun engage une bataille judiciaire qui s’étendra sur plusieurs années. D’abord déboutée en 2007 par la cour industrielle, elle persiste. La Cour suprême lui donne raison, condamnant son ancien employeur à lui verser Rs 8 millions, intérêts et frais inclus. Le feuilleton judiciaire trouve son épilogue devant le Privy Council, qui confirme le caractère injustifié de son licenciement.

Longtemps perçue comme proche du MMM, Jyoti Jeetun est accusée par certains militants d’avoir utilisé ce parti comme tremplin. Une critique récurrente dans un contexte où la fidélité partisane reste une valeur fortement revendiquée. Son style, parfois jugé maladroit, n’a pas aidé à apaiser les tensions. Lors d’un meeting de l’Alliance du Changement en 2024, un lapsus sur la signification de Divali, évoquant “une victoire du mal sur le bien” a marqué les esprits et alimenté les critiques. À cela s’ajoute le surnom de “Hogal Ba”, devenu viral dans certains cercles politiques et sur les réseaux sociaux, traduisant une perception populaire oscillant entre moquerie et défiance.

Derrière ces attaques, se dessine aussi une ligne de fracture plus profonde. Jyoti Jeetun est souvent décrite comme proche du secteur privé et du “gros capital”, une étiquette qui contraste avec l’ADN militant revendiqué par certains. Ses positions supposées sur des sujets sensibles, comme l’importation de main-d’œuvre étrangère ou la place du kreol morisien, renforcent encore cette polarisation.

Ainsi, entre parcours professionnel solide, victoire judiciaire marquante et entrée en politique controversée, Jyoti Jeetun incarne une figure complexe. Pour certains, elle symbolise l’opportunisme politique. Pour d’autres, elle représente une technocrate capable de naviguer dans des environnements exigeants.

Une chose est sûre : dans ce “Chapitre 2”, la notion de trahison ne se lit pas uniquement dans les faits, mais dans le regard que chacun porte sur une trajectoire où ambitions personnelles, luttes judiciaires et choix politiques s’entremêlent. Dans ce contexte déjà tendu, une question commence à circuler avec insistance : la firme de relations publiques choisie par Jyoti Jeetun et dont le coût pèserait lourdement sur les finances de son ministère, parviendra-t-elle réellement à redorer son image, ou s’agit-il d’un pari risqué dans un climat déjà fragilisé ?

La suite de cette série dira si ces parcours individuels relèvent d’une stratégie collective… ou simplement des contradictions inhérentes à la politique mauricienne.

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