La Banque de Maurice a choisi la mauvaise réponse.
Au lieu de répondre publiquement aux déclarations de l’ancien ministre des Finances Dr Renganaden Padayachy sur la masse monétaire, elle a choisi la voie policière. Une décision inquiétante pour le débat démocratique à Maurice.
Car qu’on soit d’accord ou non avec Padayachy, il ne s’agit pas d’un internaute anonyme lançant des rumeurs sur Facebook. L’homme est docteur en économie de la Sorbonne, ancien premier gouverneur adjoint de la Banque de Maurice, ancien membre du comité de politique monétaire et ancien ministre des Finances.
Quand un ancien haut responsable monétaire critique la politique économique du pays, cela doit ouvrir un débat public — pas une enquête du CCID.
Le rôle de la police est d’enquêter sur des crimes réels : fraude, corruption, blanchiment. Pas de trancher des divergences entre économistes.
Le plus surprenant, c’est que la Banque de Maurice avait pourtant les moyens intellectuels de répondre. La gouverneure Dr Priscilla Muthoora Thakoor, docteure en économie d’Oxford et ancienne économiste du FMI, possède toutes les compétences nécessaires pour démonter publiquement les arguments de l’ancien ministre si ceux-ci sont faux.
C’est cela qu’attend une démocratie mature : des chiffres contre des chiffres, des arguments contre des arguments.
Pas la criminalisation du débat économique.
L’affaire devient encore plus embarrassante avec l’étude universitaire utilisée par la Banque pour justifier son accusation de « fake news ». Selon plusieurs lectures, cette étude affirme elle-même que les fausses nouvelles liées aux finances publiques n’ont pas d’impact significatif sur la stabilité économique. Plus grave encore : elle ne traite jamais de création monétaire.
Une banque centrale forte répond avec pédagogie et transparence. Elle n’envoie pas la police après ceux qui la critiquent.
Car aujourd’hui, la vraie question dépasse Padayachy : peut-on encore débattre librement d’économie à Maurice sans risquer une convocation policière ?