Dans certains bureaux climatisés de la République, il existe un phénomène fascinant. Le ministre est officiellement en poste, mais les vraies décisions semblent parfois passer par un autre bureau. Ou plutôt par un autre salon.
On raconte qu'il y a des épouses tellement investies dans la carrière de leur moitié qu'elles finissent par connaître les dossiers mieux que les directeurs, les conseillers et parfois même le principal intéressé. Rien ne se décide sans leur regard approbateur. Une nomination ? Madame veut savoir. Un déplacement ? Madame doit valider. Une réunion ? Madame demande la liste des invités.
Le personnel apprend rapidement les règles du jeu. Pour obtenir un rendez-vous avec Monsieur, il faut d'abord survivre à l'audition de Madame. Certains disent même qu'elle maîtrise mieux l'agenda que le secrétariat officiel.
Le plus drôle, c'est que personne n'ose vraiment en parler. Tout le monde fait semblant que c'est normal. Après tout, quoi de plus naturel qu'une personne élue par absolument personne qui s'intéresse de très près à la gestion des affaires publiques ?
Les plus anciens appellent cela « l'administration parallèle ». Les plus modernes préfèrent parler de « gouvernance conjugale ». Les plus prudents, eux, ne parlent pas du tout.
À ce rythme, il faudra bientôt prévoir une prestation de serment spéciale : « Je jure de respecter la Constitution, les lois de la République... et les instructions de Madame. »