Internet gratuit aux familles du SRM : enquête sur une vérité à géométrie variable


Présentée comme une avancée sociale majeure, l’annonce récente de l’octroi d’un accès Internet gratuit aux familles inscrites au Social Register of Mauritius (SRM) a rapidement suscité une vague de réactions politiques contradictoires. Entre discours officiels et rappels historiques de l’opposition, une question demeure au cœur du débat public : qui dit réellement la vérité ?

L’examen des documents officiels permet d’abord d’écarter toute ambiguïté sur un point essentiel. La promesse d’un accès Internet gratuit pour les familles vulnérables n’est pas une nouveauté. Elle figure explicitement dans le discours du Budget 2019-2020, sous le thème « Securing Inclusive Innovation ». Le gouvernement de l’époque y annonçait que quelque 11 000 familles inscrites au SRM bénéficieraient d’un accès totalement gratuit à l’Internet haut débit, une mesure financée conjointement par l’État et Mauritius Telecom et présentée comme un levier clé pour réduire la fracture numérique.

Cette annonce ne s’est pas limitée à une intention politique. Le rapport annuel 2019 de Mauritius Telecom en apporte une confirmation écrite et détaillée. L’opérateur y précise que le programme a été lancé en août 2019 et que plus de 5 000 familles, sur environ 8 000 bénéficiaires potentiels, s’étaient déjà déplacées dans les Telecom Shops à travers le pays pour s’inscrire. Le document mentionne également que ces foyers avaient été connectés à une connexion fibre de 10 Mbps, avec une allocation mensuelle de 15 gigaoctets. À ce stade, il ne s’agissait donc pas d’un projet pilote flou, mais bien d’un dispositif opérationnel, chiffré et techniquement défini.

La question qui s’impose alors est simple : que s’est-il passé après 2019 ? À quel moment ce programme a-t-il cessé d’être visible dans l’espace public ? A-t-il été interrompu, modifié, absorbé dans un autre mécanisme ou simplement maintenu sans communication ? Sur ces points précis, ni les autorités ni l’opérateur concerné n’ont apporté de réponse claire.

Dans le cadre de cette enquête, Mauritius Telecom a été sollicitée afin d’éclaircir l’évolution du programme initial et d’expliquer le lien éventuel entre le dispositif de 2019 et celui aujourd’hui présenté comme une nouvelle mesure. À ce jour, l’opérateur n’a fourni aucune réponse officielle, et ce depuis le 4 décembre 2025, malgré la demande de clarification. Ce silence contraste avec la précision des engagements consignés dans ses propres documents institutionnels.

L’annonce récente du gouvernement actuel s’inscrit dans une volonté affichée de renforcer l’inclusion numérique et de soutenir les familles les plus vulnérables. Si une relance ou une reconfiguration du programme est effectivement en cours, aucune communication publique n’a clairement établi ce qui distingue fondamentalement le dispositif actuel de celui mis en place dès 2019. Cette absence de continuité explicative alimente la confusion et ouvre la voie aux récupérations politiques, au détriment de la compréhension du public.

Les faits, eux, sont têtus. L’Internet gratuit pour les familles inscrites au SRM a été annoncé officiellement en 2019, mis en œuvre la même année et partiellement déployé, comme en attestent les chiffres de Mauritius Telecom. Ce qui fait défaut aujourd’hui, ce n’est pas la preuve de l’existence du programme, mais la transparence sur sa trajectoire.

Dès lors, la véritable question n’est pas de savoir qui peut revendiquer la paternité de l’idée, mais qui doit rendre des comptes sur la continuité, l’interruption ou la transformation d’une mesure présentée comme essentielle pour réduire la fracture numérique. Pour les familles concernées, l’enjeu dépasse largement le débat politique : il touche à l’accès effectif à l’éducation, à l’information et aux services numériques.

Dans ce dossier, les archives officielles parlent clairement. Le silence institutionnel, lui, continue de poser question.

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