En 2020, un hebdomadaire avait choisi les vedettes de l’année parmi les politiciens. Cette année-là, une véritable bataille faisait rage autour de celui qui allait être désigné « vedette de 2020 ». Parmi les « rising stars », figurait le ministre des TIC, Deepak Balgobin. Ce dernier avait brandi, en pleine session parlementaire, une photo de la couverture du Code Noir lors d’un discours. C’était un choc de voir qu’un ministre puisse utiliser l’histoire qui n’est d’ailleurs pas enseignée comme elle devrait l’être dans nos écoles, à des fins purement démagogiques, ravivant ainsi des blessures encore profondément douloureuses pour de nombreux Mauriciens.
Un an plus tard, en 2021, un autre ministre, à bout d’arguments, traite Paul Bérenger de colon au sein même de l’hémicycle.
Le 26 mai 2026, au Parlement, pendant la tranche réservée aux questions adressées aux ministres, Joanna Bérenger presse le ministre Reza Uteem de questions concernant la disparition d’une employée bangladaise. Dans sa réponse, le ministre explique que ladite femme a été recrutée depuis 2023 par sa mère comme « carer » et qu’elle est désormais portée disparue. Jusque-là, tout va bien.
Mais à une question supplémentaire portant sur la liberté de mouvement de la « carer », les choses dérapent et nous assistons à une scène surréaliste. Reza Uteem, réputé pour son calme olympien et sa retenue en public, sort de ses gonds et nous révèle l’autre face de Janus. « From a standing position », il pointe Joanna Bérenger du doigt, alors qu’elle était restée debout, lui lançant en pleine figure des mots qui, lorsqu’on les analyse attentivement, traduisent tout le paternalisme dont il peut faire preuve.
Ce qui choque dans cette première salve, c’est bien l’utilisation du mot « girl ». Est-ce parce que, depuis un certain temps, les membres du MMM n’arrivent plus à prononcer le nom de Joanna Bérenger et l’appellent plutôt « la fille de Paul Bérenger » ou encore « Tifi Beranze » ?
Plus loin, il la fustige en déclarant que c’est une honte qu’elle ait été membre du MMM. Reza Uteem se rassoit alors en hurlant « Shame ! » avant d’ajouter, comme un « bon militant » selon sa propre définition, : « Mo pena disan kolon dan mo disan mwa », phrase qu’il répète à deux reprises.
Ses collègues de parti semblent consternés. Les autres membres de l’Alliance du Changement tentent d’apaiser la situation. D’autres encore, aux identités métissées, se renfrognent. La Speaker demande finalement aux deux parties de retirer leurs propos avant d’annoncer : « Tea time »…
Scène absurde. Kafkaïenne.
Ce qui est incroyable dans cet échange, c’est qu’au même moment, au Vatican, dans sa première encyclique Magnifica Humanitas, le pape Léon XIV reconnaît pour la première fois la responsabilité directe de l’Église catholique dans la légitimation de l’esclavage au cours de l’Histoire, demandant « sincèrement pardon » au nom de l’Église.
Ici, à Maurice, et surtout à l’Assemblée nationale, certains politiciens semblent tenir un discours diamétralement opposé aux appels au rassemblement entendus lors des meetings politiques, où le vivre-ensemble mauricien est scandé du haut des estrades bariolées à travers le fameux : « donn to lame pran mo lame, lame dan lame… »
Mais quelle farce !
Aujourd’hui, un ministre de la République, brillant avocat de surcroît, au lieu d’aller dans le sens de l’apaisement, a éructé des mots détestables. En 2026, nous en sommes encore à parler de « disan kolon ». Nous sommes bien loin des mots de l’actuel Premier ministre, qui conclut la plupart de ses discours par : « Enn pei. Enn nasion. Enn destin. »
L’Oeil noir