Il était à peine plus de 17 h, ce samedi 11 octobre, lorsque la ville d’Antananarivo fut le théâtre d’un événement marquant. Les militaires du Corps d’administration des personnes et des services de l’armée de terre (CAPSAT), après des semaines de tensions croissantes, ont fait leur entrée dans la capitale malgache. Des tirs résonnent dans les rues, mais malgré l’adrénaline de la situation, les mutins semblent rencontrer peu de résistance. Leurs premières positions sont prises sur la célèbre place du 13-Mai, un lieu chargé d’histoire où se sont écrites les pages tumultueuses des régimes malgaches depuis les années 1970.
La foule, en émoi, accueille ces événements avec une ferveur palpable, célébrant ce qui semble être une rupture avec le passé, un symbole de changement. Mais au cœur de cette liesse, des rumeurs circulent : le président Andry Rajoelina aurait-il quitté la ville, acculé par des manifestations qui s’étendent déjà depuis plusieurs semaines ? Cette incertitude alimente encore plus la tension ambiante.
Plus tôt dans la journée, devant le camp militaire du CAPSAT à Soanierana, une manifestation a eu lieu. Dans un message vibrant de détermination, les militaires appelaient les forces de l’ordre à « prendre leurs responsabilités » et à « refuser les ordres de tirer ». Leurs mots résonnent avec force : « Nous, militaires, ne jouons plus notre rôle. » Une déclaration qui dénonce non seulement les abus de pouvoir, mais aussi la répression violente qui a touché des jeunes étudiants, selon les témoignages, faisant écho aux événements tragiques des 25 et 26 septembre.
Les jours précédents, le chef de l’État avait tenté de répondre aux frustrations populaires en remaniant son gouvernement, remplaçant le Premier ministre par un général. Cependant, cette manœuvre ne parvient pas à apaiser la colère d’une jeunesse trop longtemps ignorée.
Le haut commissaire aux droits de l’homme de l’ONU, Volker Türk, observe cette situation préoccupante et appelle les autorités à faire preuve de retenue face à des manifestations qui continuent de s'intensifier. À la croisée des chemins, Madagascar se trouve à un moment décisif, où les espoirs de changement et les craintes d’un coup d’État se mêlent dans une danse tumultueuse, laissant présager des jours à venir chargés d’incertitudes. La voix du peuple, enfin entendue, pourrait bien redessiner l’avenir de cette nation.