Par Baag the Lion
La conférence de presse de Paul Bérenger de ce vendredi 7 mars 2026 était un masterclass de théâtre politique — qui pourrait soit ressusciter son autorité déclinante, soit sceller son irrélevance. Avec l'avertissement cryptique « Après le 12 mars, il y aura des décisions difficiles », le leader du MMM a effectivement déclaré son intention de sauter avant que Ramgoolam ne le pousse. En admettant qu'il a « beaucoup de choses à dire et à clarifier qu'il n'a pas pu faire jusqu'à présent parce qu'il est au gouvernement », Bérenger défie le Premier ministre de le renvoyer, contrôlant ainsi le récit du martyre plutôt que de l'humiliation.
Pourtant, cette sortie calculée comporte un défaut fatal : Ramgoolam, qui ne manque jamais une occasion de se vanter de garder le portefeuille des Finances pour lui-même — que ce soit à Ganga Talao pendant le Mahashivratri ou ailleurs — a clairement fait savoir qu'il n'a pas besoin de Bérenger pour gouverner, même s'il en avait besoin pour gagner.
Les racines de cette rupture sont profondes. Depuis des mois, Bérenger réclame le ministère des Finances, proposant à Ramgoolam : « Une solution pourrait être de me nommer à la tête du ministère des Finances ! » — une proposition accueillie par un refus catégorique. Dans la confidence, Bérenger est allé plus loin, accusant apparemment un « gang de cinq » dans l'entourage de Ramgoolam de corruption et de nuire à la réputation du Premier ministre. Son absence à la célébration du 90e anniversaire du PTr le 1er mars signalait que la rupture était déjà en cours. Maintenant, en annonçant préventivement sa liberté de parole après le 12 mars, Bérenger tente d'échapper à l'indignité d'une révocation tout en donnant à Ramgoolam l'occasion même de le renvoyer — un mouvement qui préserve sa dignité mais risque de le laisser politiquement exposé.
Bérenger n'a pas épargné non plus le ministère du Tourisme, dénonçant avec virulence la gestion chaotique du secteur. Il a fustigé le ministre Richard Duval pour avoir nommé José Arunasalom — un ancien président de l'organisme qui n'était plus membre du MMM depuis les élections de 2014 — à la tête de la Tourism Authority, avant de le révoquer dans la foulée. « C'était un bazar dans le secteur du tourisme, on a mis un 'seigneur' dans la MTPA », a-t-il lancé en créole, critiquant la manière dont ce dossier a été manié et soulignant les tensions au sein de l'alliance gouvernementale .
Le danger le plus grave, cependant, ne vient pas de Ramgoolam mais de sa propre maison. L'histoire nous apprend que la défection politique mauricienne est un art, et les « vendeurs » — ces ministres et députés du MMM qui valorisent les voitures ministérielles et les salaires plutôt que la loyauté — pourraient bien choisir de rester au gouvernement, abandonnant leur leader pour conserver leurs privilèges.
Si le MMM se fracture, Bérenger dirigerait un bloc d'opposition diminué tandis qu'une faction réduite resterait dans la chaleureuse étreinte de la patronnage étatique. Comme L'Express l'a noté avec prescience : « Ramgoolam avait besoin de Bérenger pour gagner. Il n'a pas besoin de lui pour gouverner. Et Bérenger le sait. »
La question est de savoir si les partisans de Bérenger le savent aussi — ou si, le 12 mars venu, le vieux renard se retrouvera à hurler seul, tandis que Joanna Bérenger, déjà pressentie pour hériter du fief familial, prépare discrètement sa succession avec l'impatience d'une dauphine qui en a assez d'attendre son tour au bal, et que d'autres membres pourtant plus méritants du MMM — qui ont payé leur dû dans l'ombre pendant des décennies — contemplent avec une frustration mêlée de résignation cette monarchie de salon qui se perpétue par le seul privilège du sang et de la couleur de peau.
