Féminicides, réformes bloquées et inertie administrative : l’État a-t-il baissé la garde face aux violences domestiques ?


Les cas de violences domestiques et de féminicides continuent de secouer l’opinion publique. Pourtant, sur le terrain comme au sommet de l’État, plusieurs signaux inquiétants laissent penser que la lutte contre ce fléau peine à être traitée avec l’urgence et la rigueur qu’elle exige.

Dans plusieurs régions du pays dont Goodlands, Chemin-Grenier, Flacq ou encore Rose-Hill, des préoccupations sérieuses ont été exprimées quant à l’attitude de certains policiers lorsqu’il s’agit de traiter des plaintes pour violences domestiques. Des témoignages évoquent des situations où des victimes se voient répondre de « retourner à la maison et régler le problème », plutôt que d’être accompagnées dans une procédure formelle de plainte.

Sans accabler les policiers eux-mêmes, certains observateurs rappellent qu’ils se retrouvent souvent confrontés à une réalité complexe : dans de nombreux cas, les victimes finissent par retirer leur plainte, parfois sous pression familiale ou sociale. Mais c’est précisément pour faire face à cette réalité que des réformes structurelles avaient été envisagées.

Une réforme législative laissée dans les tiroirs

Un New Domestic Abuse Bill avait été préparé afin de remplacer l’actuelle Protection from Domestic Violence Act, une loi amendée à de multiples reprises et largement considérée aujourd’hui comme dépassée. Ce nouveau texte proposait des changements majeurs : une redéfinition de la notion de “spouse”, une meilleure reconnaissance des différentes formes de violence domestique, mais aussi une disposition sensible et longtemps évitée dans le débat public mauricien : la reconnaissance explicite du viol conjugal.

Le projet introduisait également un principe inspiré du modèle britannique : le signalement obligatoire par les professionnels, notamment les policiers, les médecins ou les travailleurs sociaux, afin d’éviter que des situations de violence grave ne restent enterrées sous le poids du silence et des pressions sociales. Une réforme qui aurait pu marquer un tournant dans la lutte contre les violences domestiques. Pourtant, aujourd’hui, ce projet ne semble plus figurer parmi les priorités du gouvernement.

Formation des policiers : une aide internationale… refusée

Autre point troublant : la question de la formation des policiers pour la prise en charge des cas de violences domestiques. Selon plusieurs sources, le Royaume-Uni avait proposé son soutien pour la mise en place d’un programme spécialisé de formation destiné aux forces de l’ordre mauriciennes.

Mais ce programme serait actuellement bloqué pour une raison administrative : le Permanent Secretary du ministère concerné refuserait de débloquer les fonds nécessaires à sa mise en œuvre. Dans un contexte où les critiques sur la gestion policière de certains cas se multiplient, cette décision soulève de nombreuses interrogations.

Un comité national supprimé malgré des résultats

Plus controversée encore est la décision du nouveau gouvernement de supprimer le High Level Committee on the Elimination of Gender-Based Violence. Ce comité, présidé par Pravind Jugnauth alors Premier ministre, représentait une initiative sans précédent : traiter la question des violences faites aux femmes au plus haut niveau de l’État.

La plateforme réunissait 11 ministères, la société civile, des partenaires internationaux dont les Nations unies, ainsi que le Commissaire de police. En moins d’un an, le comité avait produit un rapport stratégique majeur dont près de 85 % des recommandations avaient été mises en œuvre.

Pour de nombreux acteurs engagés dans ce combat, la suppression de cette instance constitue un recul incompréhensible, certains évoquant une décision dictée davantage par des considérations politiques que par l’intérêt public.

Malaise interne et accusations d’amateurisme

Au sein même du ministère chargé de la question, plusieurs sources évoquent un climat de mécontentement et de désorganisation. Des transferts jugés politiquement motivés, des réaffectations internes et des changements administratifs auraient perturbé le fonctionnement de certains services essentiels.

Ces bouleversements auraient notamment affecté les dispositifs assurant une assistance 24 heures sur 24 aux femmes vulnérables, pourtant au cœur du système de protection. Plus troublant encore, la direction technique de la Family Protection Unit ne serait pas systématiquement consultée sur certaines décisions sensibles, ce qui alimente des critiques sur un manque de coordination et de professionnalisme.

Pour certains observateurs, la situation actuelle traduit un mélange dangereux d’inertie administrative, de priorités politiques fluctuantes et d’absence de vision stratégique.

Une question centrale : qui porte réellement ce combat ?

Alors que les cas de féminicides continuent de bouleverser l’opinion publique, une question s’impose désormais avec une acuité croissante : qui, aujourd’hui, porte réellement la lutte contre les violences domestiques au sommet de l’État ?

Car derrière chaque statistique se cache une réalité brutale : des vies brisées, des familles détruites et un système qui peine encore à protéger les plus vulnérables.

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