Chauves-souris : Rs 22,5 millions dépensées… et les planteurs toujours sous pression


Derrière le débat récurrent sur les chauves-souris à Maurice, un chiffre interpelle désormais autant que la question écologique elle-même : Rs 22,5 millions déjà déboursées par l’État pour tenter de protéger les cultures fruitières. Une somme conséquente engagée entre novembre 2024 et mars 2026 dans le cadre du Fruit Protection Scheme… sans pour autant faire disparaître le malaise sur le terrain.

Interpellé à l’Assemblée nationale, le ministre de l’Agro-industrie, Arvin Boolell, a confirmé que près de 2 976 bénéficiaires ont profité d’une subvention couvrant 50 % du coût des filets de protection, permettant de sécuriser jusqu’à cinq arbres pour les particuliers et soixante pour les vergers. Sur le papier, le dispositif se veut structuré, encadré et déjà largement déployé.

Mais une question centrale demeure : cet investissement public est-il réellement efficace ?

Car malgré ces millions injectés, les plaintes des planteurs persistent. Sur le terrain, beaucoup évoquent des filets coûteux, contraignants à installer, parfois inadaptés à certaines configurations agricoles, et surtout insuffisants face à l’ampleur des dégâts. Autrement dit, l’État finance une solution… que certains jugent partielle.

Ce décalage entre effort budgétaire et ressenti des agriculteurs relance le débat sur la stratégie adoptée. D’autant que, dans le même temps, la population de chauves-souris reste élevée. Si elle s’est stabilisée autour de 120 000 individus en 2025, après une forte croissance depuis 2006, elle continue d’exercer une pression réelle sur la production fruitière locale.

En toile de fond, une contrainte majeure : la chauve-souris frugivore est classée espèce en danger, ce qui limite fortement les options d’intervention. La dernière opération d’abattage remonte à 2020, et depuis, le gouvernement privilégie des solutions non létales, dans une logique de préservation de la biodiversité.

Face aux critiques, de nouvelles pistes sont à l’étude, notamment l’utilisation de répulsifs et de dispositifs à ultrasons. Mais là encore, aucune garantie d’efficacité immédiate ni à grande échelle.

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