Alors que le débat public se focalise de plus en plus sur la présence d’armes à feu à Maurice, Gérard Merle, président de l’Association des Chasseurs de l’Île Maurice, appelle à un changement de perspective. Dans une publication relayée sur Facebook, il invite à dépasser l’angle purement sécuritaire pour revenir à l’essentiel : le rôle structurant du secteur de la chasse dans l’économie et l’alimentation du pays.
« Il n’y a pas trop de fusils à Maurice. Il y a trop d’incohérences dans la loi », écrit-il, dénonçant une approche qu’il juge déconnectée des réalités du terrain. Pour lui, le débat actuel se trompe de cible. La question ne serait pas le nombre d’armes, mais bien la logique des réglementations en place.
Gérard Merle rappelle qu’un changement dans la législation a profondément modifié la pratique de la chasse. Là où autrefois l’apprentissage se faisait sous supervision, avec une arme partagée dans un cadre encadré, les règles actuelles imposent désormais à chaque chasseur de posséder sa propre arme. Une évolution qui a mécaniquement entraîné une augmentation du nombre de fusils en circulation. « On a remplacé un système intelligent par un système absurde », souligne-t-il, pointant une contradiction entre les objectifs affichés et les effets réels des lois.
Mais au-delà de cette incohérence, le président de l’Association des Chasseurs insiste surtout sur un point qu’il estime largement ignoré : l’importance stratégique du secteur de la chasse à Maurice. Car la chasse ne se limite pas à une activité de loisir. Elle alimente une véritable filière économique et contribue directement à la sécurité alimentaire du pays. La viande de cerf, notamment, occupe une place unique dans le paysage local. Consommée par toutes les communautés, elle est reconnue pour ses qualités nutritionnelles, maigre, saine et pauvre en cholestérol, tout en restant plus accessible que d’autres viandes comme le bœuf ou le mouton. Surtout, elle est produite localement, sans dépendance aux importations, dans un contexte où la question de l’autosuffisance alimentaire devient de plus en plus centrale.
Et pourtant, déplore Gérard Merle, cette filière ne bénéficie d’aucun soutien de l’État. Aucun mécanisme de subvention, aucun accompagnement structuré, malgré sa contribution à l’économie et à l’approvisionnement du pays. Une situation qu’il juge paradoxale, voire contre-productive. Selon lui, les politiques actuelles finissent par pénaliser un secteur qui fonctionne, crée de la valeur et participe à nourrir la population. « On empile des règles sans comprendre leur impact réel », écrit-il encore, mettant en garde contre une accumulation de décisions qui, loin de réguler, risquent de désorganiser davantage le système.
À travers cette prise de parole, Gérard Merle ne se contente pas de critiquer. Il appelle à une réflexion plus large sur la manière dont les politiques publiques sont conçues. Faut-il continuer à traiter la chasse uniquement sous l’angle de la sécurité, ou reconnaître pleinement son rôle économique et alimentaire ?
Pour lui, la réponse est claire. Tant que le débat restera partiel, les solutions resteront inefficaces. « À force de légiférer sans comprendre, on ne régule plus, on dérègle », conclut-il.
Un message qui, au-delà de la polémique, remet sur la table une question de fond : celle de la place réelle accordée à la chasse dans les priorités nationales.