Cerfs, chasse et chaos : l’incohérence qui menace notre sécurité alimentaire


À Maurice, le discours est connu, répété, martelé : produire plus, consommer local, renforcer notre sécurité alimentaire. Dans un monde marqué par l’instabilité des chaînes d’approvisionnement, la hausse des prix et les tensions économiques, cet objectif n’est pas un luxe. C’est une nécessité.

Mais encore faut-il que les décisions suivent cette logique. Car sur le terrain, une contradiction majeure s’installe, silencieuse, mais lourde de conséquences. Depuis la suspension de l’octroi des permis de fusil en juillet 2025, toute une dynamique est à l’arrêt. Derrière cette décision, ce ne sont pas seulement des chasseurs qui sont impactés. C’est un mécanisme entier de régulation qui se grippe.

Et c’est là que l’incohérence devient flagrante. D’un côté, on encourage la production de cerfs, une ressource alimentaire locale non négligeable. De l’autre, on rend de plus en plus difficile, voire inaccessible, la pratique qui permet justement de réguler cette population. Produire plus… mais empêcher de réguler. La question n’est pas idéologique. Elle est structurelle.

Car la chasse, à Maurice, n’est pas qu’un loisir. Elle joue un rôle concret dans l’équilibre des écosystèmes et dans la gestion d’une ressource qui s’inscrit directement dans la chaîne alimentaire. Sans régulation, les déséquilibres ne sont pas une hypothèse. Ils sont une certitude à moyen terme.

Or, aujourd’hui, entre les contraintes administratives, les coûts cumulés et l’accès de plus en plus limité, la pratique devient progressivement inaccessible. Les jeunes sont exclus, le renouvellement disparaît, et l’activité se referme sur elle-même. C’est ainsi que les systèmes s’éteignent. Lentement. Silencieusement.

Et avec eux, les équilibres qu’ils maintenaient. La sécurité alimentaire ne se résume pas à produire davantage. Elle repose sur un équilibre fragile entre production, accès et régulation. Affaiblir l’un de ces piliers revient à fragiliser l’ensemble. Ce que cette situation révèle, au fond, c’est une absence de cohérence dans la conduite des politiques publiques. Une vision fragmentée, où chaque décision semble prise isolément, sans mesurer ses effets sur l’ensemble du système.

Or, en matière de sécurité alimentaire, il n’y a pas de place pour l’improvisation. Maurice fait face à des défis réels : inflation, dépendance aux importations, pression sur les ressources locales. Dans ce contexte, chaque décision compte. Chaque incohérence pèse. Produire plus de cerfs tout en limitant les moyens de régulation n’est pas une stratégie. C’est une contradiction. Et dans un environnement déjà sous tension, les contradictions ne sont pas anodines. Elles fragilisent. Elles déséquilibrent. Et à terme, elles coûtent.

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