Samedi de vérité : les Mauriciens appelés à faire entendre leur voix


La contestation contre la réforme de la pension de vieillesse entre dans une nouvelle phase. Après un premier rassemblement devant l'Assemblée nationale, les syndicats comptent désormais démontrer l'ampleur de la colère populaire à travers une importante manifestation prévue ce samedi 11 juillet dans les rues de Port-Louis.

Le cortège s'élancera du centre social Marie-Reine-de-la-Paix avant de parcourir plusieurs artères de la capitale pour se terminer au Jardin de la Compagnie, où les dirigeants syndicaux prendront la parole. L'objectif affiché est clair : obtenir le retour de l'âge d'éligibilité à la pension de vieillesse à 60 ans et préserver le caractère universel de cette prestation, que les syndicats considèrent comme un acquis social fondamental.

Pour Clency Bibi, président du GWF, cette mobilisation dépasse largement la seule question des pensions.

« Cette mobilisation est un moment décisif. Elle dépasse la seule question de la pension de vieillesse : il s'agit de défendre un principe fondamental, celui du respect des droits acquis et de la justice sociale. La pension de vieillesse n'est pas une faveur accordée par un gouvernement. C'est un droit construit au fil des décennies grâce aux sacrifices des travailleurs et aux luttes syndicales. Nous ne pouvons accepter que des décisions aussi importantes soient prises sans une véritable consultation de la population », affirme-t-il.

Le syndicaliste estime que les Mauriciens ne doivent pas être les seuls à supporter les conséquences des ajustements budgétaires.

« Les Mauriciens refusent que les plus vulnérables supportent le poids des ajustements budgétaires. Il existe d'autres solutions pour redresser les finances publiques sans remettre en cause les droits sociaux. J'appelle toutes les Mauriciennes et tous les Mauriciens à participer massivement à cette mobilisation, dans le calme, la discipline et le respect de la loi. Notre unité sera notre force. Plus nous serons nombreux, plus nous enverrons un message clair au gouvernement : le peuple est attaché à la protection de la pension de vieillesse et demande l'ouverture d'un véritable dialogue », soutient-il.

De son côté, Prakash Baluckram, président de la Government Services Employees Association (GSEA), replace cette manifestation dans un contexte plus large de mécontentement populaire.

Selon lui, de nombreux Mauriciens ont le sentiment que les engagements pris lors des dernières élections n'ont pas été respectés. « Les Mauriciens ont voté pour un changement en 2024. Aujourd'hui, beaucoup constatent que les vieilles pratiques persistent. Pendant ce temps, le coût de la vie continue d'augmenter et ce sont encore les citoyens qui doivent faire des sacrifices. Le gouvernement a dépassé les limites en touchant à la pension universelle et à la pension contributive. Les travailleurs souffrent déjà suffisamment », déclare-t-il.

Le président de la GSEA rappelle également que, dans une démocratie, le pouvoir appartient aux citoyens. « Il faut que la population comprenne que c'est elle qui élit un gouvernement et que c'est également elle qui peut lui retirer sa confiance. Lorsqu'un gouvernement s'éloigne de ses engagements et remet en cause des droits fondamentaux, les citoyens ont le devoir de se faire entendre. »

Les organisateurs espèrent que la manifestation de samedi rassemblera bien au-delà des seuls membres des organisations syndicales. Ils souhaitent voir des travailleurs, des retraités, des jeunes et l'ensemble des citoyens concernés par l'avenir du système de retraite se joindre au mouvement.

Pour les syndicats, cette mobilisation pourrait constituer un moment charnière dans le débat autour de la réforme des pensions. L'ampleur de la participation sera scrutée de près, alors que la pression continue de monter sur le gouvernement, appelé par les contestataires à rouvrir le dialogue sur une réforme qui continue de diviser profondément l'opinion publique.

Pour Fayzal Ally-Beegun, cette mobilisation est appelée à dépasser le simple cadre de la réforme des pensions.

« Cette mobilisation est importante parce qu'elle dépasse largement la question de la pension. Aujourd'hui, c'est l'âge de la retraite qui est concerné. Demain, qui sait quel autre acquis social sera remis en cause ? », affirme-t-il.

Le syndicaliste insiste sur le fait que le combat engagé ne doit pas être perçu comme une confrontation entre syndicats et gouvernement, mais comme une cause qui concerne l'ensemble de la population.

« J'en appelle à tous les Mauriciens. Ce combat n'est ni syndical, ni politique. C'est un combat citoyen. Une pension n'est pas un privilège que l'on accorde ; c'est la reconnaissance d'une vie de travail, de sacrifices et de contribution au pays. »

Répondant à ceux qui doutent de l'utilité des manifestations, Fayzal Ally-Beegun rappelle que les acquis sociaux ont toujours été le fruit de la mobilisation populaire.

« On entend souvent dire : "À quoi bon manifester ?" Je réponds simplement : si nos prédécesseurs avaient tenu ce raisonnement, nous ne bénéficierions aujourd'hui d'aucun des droits que nous considérons comme acquis. L'histoire sociale de ce pays ne s'est jamais écrite dans le silence. »

Selon lui, la réforme engagée par le gouvernement ne peut être imposée sans un véritable débat national.

« Le gouvernement doit comprendre qu'on ne réforme pas le contrat social derrière un bureau. Lorsqu'une décision touche chaque famille mauricienne, elle mérite un véritable dialogue, pas simplement une annonce. » Le syndicaliste conclut par un appel à une mobilisation massive et exemplaire ce samedi dans les rues de Port-Louis. « Je lance donc un appel à tous les Mauriciens : venez nombreux, dans le calme, avec discipline et dignité. Ce samedi, il s'agit de rappeler une vérité simple : lorsqu'un peuple reste debout pour défendre ses droits, il est toujours plus difficile de ne pas l'entendre. »

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