Il est rare de voir un gouvernement revenir aussi fréquemment sur ses propres décisions quelques semaines, voire quelques jours, après les avoir annoncées. Depuis son arrivée au pouvoir avec une confortable majorité de 60-0, l'Alliance du Changement donne de plus en plus l'impression de gouverner dans l'improvisation plutôt que selon une vision clairement définie.
Le constat est difficile à ignorer. Dossier après dossier, l'Exécutif semble annoncer, reculer, modifier, corriger, puis revenir avec une nouvelle version de ses réformes. Le Means Test lié à la réforme des pensions, le report de l'âge d'éligibilité à la pension de vieillesse à 65 ans, les hésitations autour du Public Gathering Act, ou encore la gestion du dossier du MV Apex, sont autant d'exemples qui alimentent un sentiment grandissant d'incertitude.
Le dernier épisode en date concerne justement le LSS Success, qui a finalement accosté ce samedi matin afin de permettre le débarquement des animaux à son bord. Après plusieurs jours de tensions, d'interrogations et de communications contradictoires, le gouvernement a finalement changé de cap. Une décision qui soulage sans doute les acteurs concernés, mais qui soulève une question fondamentale : pourquoi avoir attendu d'être acculé avant d'agir ?
Le même scénario s'est répété avec le Means Test. Présenté comme un élément central de la réforme des pensions, il a rapidement suscité une levée de boucliers au sein de la population, des syndicats et même de certains observateurs proches du pouvoir. Face à la pression, le gouvernement a multiplié les ajustements, donnant l'impression de naviguer à vue plutôt que de défendre une réforme mûrement réfléchie.
Cette succession de volte-face nourrit une perception de plus en plus répandue : celle d'un gouvernement qui fonctionne selon la méthode du "trial and error". On annonce d'abord. On observe les réactions ensuite. Puis on corrige en fonction de la contestation. Une approche qui peut parfois être acceptable dans la gestion d'un projet expérimental, mais qui inspire beaucoup moins confiance lorsqu'il s'agit de gouverner un pays.
L'adage selon lequel "gouverner, c'est prévoir" semble aujourd'hui céder la place à une autre logique : gouverner, c'est essayer... puis rectifier lorsque la contestation devient trop forte.
Au-delà des considérations politiques, cette manière de procéder finit par fragiliser la crédibilité même de l'État. Les citoyens, les investisseurs, les partenaires sociaux et les opérateurs économiques ont besoin de visibilité, de cohérence et de stabilité. Lorsque les décisions changent au gré des réactions, c'est la confiance envers les institutions qui s'érode progressivement.
La question n'est plus de savoir si un gouvernement a le droit de reconnaître une erreur et de corriger le tir. Au contraire, savoir revenir sur une mauvaise décision peut être une preuve d'humilité. Mais lorsque les reculs deviennent récurrents et semblent suivre le même schéma, ils finissent par traduire un manque d'anticipation et de préparation. Il y a bien sûr une autre lecture de la situation. Les défenseurs du gouvernement ne manqueront pas de saluer ces multiples revirements comme la preuve d'un exécutif « à l'écoute de la population ». Une formule qui revient désormais à chaque recul. À ce rythme, le gouvernement est tellement à l'écoute qu'il semble parfois attendre de connaître l'opinion publique avant de décider lui-même. Les conférences de presse ressemblent davantage à des versions bêta de décisions appelées à être corrigées après les réactions des syndicats, des réseaux sociaux ou de la rue. Demain, faudra-t-il annoncer les mesures avec la mention : « Sous réserve des commentaires des internautes » ? Être à l'écoute est une qualité en démocratie. Encore faut-il que cela ne devienne pas le cache-misère d'un manque de préparation ou d'une gouvernance où les politiques publiques se construisent à coups de sondages improvisés et de rétropédalages successifs.
Avec une majorité parlementaire aussi confortable, beaucoup s'attendaient à un gouvernement capable d'imposer une direction claire et assumée. Quelques mois plus tard, c'est plutôt l'image d'un exécutif qui avance... à reculons, oscillant entre annonces, hésitations et corrections permanentes, qui tend à s'imposer dans l'opinion publique.