Politique : Ne pas dénoncer, c’est cautionner


Les mots ont été lâchés. Lourds. Calculés. Irréversibles. Lors de son point de presse du lundi 12 janvier, Paul Bérenger a affirmé l’existence d’un «gang» gravitant autour de Navin Ramgoolam, au cœur même du Prime Minister’s Office. Une déclaration grave, explosive, qui dépasse le simple jeu politique. Plus troublant encore : selon le leader du MMM, ce cercle serait plus obscur, plus dangereux que la fameuse lakwizinn qui entourait Pravind Jugnauth pendant près d’une décennie.

Autrement dit, l’histoire se répéterait. Pire : elle s’aggraverait.

Le silence qui interroge

Face à de telles accusations, une question s’impose : pourquoi Navin Ramgoolam se tait-il ?
Pas de démenti clair. Pas de mise au point ferme. Pas même un rappel à l’ordre de son numéro deux.

Ce silence n’est pas neutre. En politique, il est rarement innocent. Il nourrit le doute, légitime les soupçons et alimente l’idée que le pouvoir réel ne se trouve peut-être plus là où il devrait être. Si ce «gang» n’existe pas, pourquoi ne pas le dire ? S’il existe, pourquoi le tolérer ?

Un DPM en roue libre ?

Les agissements du Deputy Prime Minister frôlent désormais la provocation ouverte. Le ton est dur, les attaques répétées, la ligne de fracture de plus en plus visible. Cherche-t-il à provoquer une rupture ? Une expulsion ? Un remake de 1997, lorsque l’histoire s’est terminée dans la fracture et le chaos politique ? Ou s’agit-il d’une stratégie plus cynique : pousser jusqu’à l’extrême, sans jamais assumer la responsabilité d’une démission, afin de préserver le peu de crédibilité politique qu’il lui reste ?

Là encore, le silence du Premier ministre est assourdissant.

Un «gang» dangereux pour le pays ?

Paul Bérenger ne parle pas à la légère lorsqu’il qualifie ce groupe de «dangereux pour le pays». Il va plus loin. Il suggère. Il laisse planer l’ombre de dossiers sensibles, dont l’affaire Ravatomanga.

Et puis il y a ce point central : Damry.

Si Paul Bérenger réclame la tête d’un proche, d’un protégé de Navin Ramgoolam, c’est qu’il prétend détenir des informations sérieuses, potentiellement accablantes. Des informations qui, si elles existent, ne peuvent rester dans les tiroirs sans poser un problème moral et politique majeur.

Le moment de vérité

Car à ce stade, une règle s’impose : Ne pas dénoncer, c’est cautionner.

Si Paul Bérenger sait et se tait, il devient complice par omission. S’il accuse sans preuves, il joue avec le feu et met en danger les institutions. Et si le Premier ministre laisse faire, alors il accepte que le pouvoir soit confisqué par des forces parallèles.

Maurice a déjà payé trop cher les dérives du pouvoir opaque, des cercles fermés et des décisions prises dans l’ombre. Le pays n’a ni besoin d’un nouveau «gang», ni d’un nouveau silence d’État.

Le temps des insinuations est révolu. Celui des clarifications publiques, des responsabilités assumées et de la vérité est arrivé. Parce qu’en démocratie, se taire n’est jamais neutre. Et parce que, parfois, le silence est la plus dangereuse des complicités.

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