Combien de temps encore allons-nous faire semblant que tout va bien ? Chaque jour qui passe apporte son nouveau lot d'horreurs. Un meurtre ici. Une agression sauvage là. Un cas de viol qui choque l'opinion publique. Des vols à répétition. Des actes de violence gratuits. Des automobilistes qui se transforment en justiciers de la route au moindre accrochage. Des bandes qui imposent leur loi dans certains quartiers.
À force de s'accumuler, ces faits divers ne sont plus des faits divers. Ils deviennent le reflet d'une société qui semble perdre ses repères. Soyons francs. Ce que vivent aujourd'hui les Mauriciens ressemble de plus en plus à une version locale du célèbre film américain The Purge. Une société où chacun règle ses comptes comme il l'entend. Une société où la peur s'installe dans le quotidien. Une société où la violence n'est plus l'exception, mais une inquiétante habitude.
Pendant ce temps, que constatons-nous ? Une police qui se retrouve elle-même agressée. Des policiers insultés, bousculés, défiés ouvertement. Des forces de l'ordre qui peinent à imposer l'autorité de l'État. Un manque criant de moyens. Des effectifs sous pression. Un moral qui semble au plus bas.
Quand ceux qui sont censés faire respecter la loi deviennent eux-mêmes les victimes du désordre, c'est tout le système qui vacille. Le plus inquiétant reste peut-être ce sentiment grandissant d'impunité. Beaucoup ont désormais l'impression que les criminels n'ont plus peur. Plus peur d'être arrêtés. Plus peur d'être condamnés. Plus peur des conséquences.
Et lorsqu'un peuple commence à perdre confiance dans sa capacité à être protégé, c'est la porte ouverte à toutes les dérives. Oui, certains trouveront ces propos excessifs. Oui, nous risquons d'être critiqués. Peut-être même sanctionnés pour avoir osé dire tout haut ce que beaucoup pensent tout bas.
Mais le rôle des médias n'est pas d'endormir la population avec des discours rassurants. Notre rôle est d'observer, d'alerter et de poser les questions qui dérangent. La vérité est que Maurice traverse une crise profonde de l'autorité et du vivre-ensemble. La vérité est que de nombreux citoyens ont peur. Peur pour leurs enfants. Peur pour leurs parents. Peur de rentrer seuls le soir. Peur de voir leur quartier devenir méconnaissable. Peur que le prochain drame soit le leur.
Il est encore temps d'agir. Mais chaque jour de silence, chaque jour d'inaction, chaque jour où l'on minimise la gravité de la situation nous rapproche un peu plus d'un point de non-retour. Car lorsqu'une société s'habitue à la violence, c'est l'humanité elle-même qui commence à reculer.
Et aujourd'hui, la question mérite d'être posée : Sommes-nous encore dans un État de droit... ou sommes-nous en train d'assister, impuissants, à l'installation progressive d'une Purge made in Moris ?