Dépénalisation du cannabis : Sam Lauthan fait fausse route…


Le président du conseil d’administration de la National Agency for Drug Control (NADC), Sam Lauthan, est venu ce dimanche relancer l’épineux débat de la dépénalisation du cannabis à Maurice. Ses arguments ne sont pas valables, Sam Lauthan fait fausse route. Danny Philippe, travailleur social et responsable de l’ONG DRIP, et Kunal Naïk, psychologue et addictologue, demandent eux des actions concrètes dans la lutte contre la drogue.

Sam Lauthan est catégorique sur la question de dépénalisation du cannabis sur le sol mauricien. Le président de la NADC balaie d’un revers de la main les arguments en faveur de la dépénalisation du cannabis et s’exprime fermement en disant que « le cannabis tel que nous le connaissons n’est pas le même. Aujourd’hui ce cannabis comporte 5 % de bienfaits médicaux et le reste c’est du poison », clame Sam Lauthan.  

Un argument que ne partage pas le travailleur social, Danny Philippe. « Ce que le président de la NADC dit est absurde. C’est un argument sans fondement », explique le responsable de l’ONG DRIP. Pour ce dernier, il faut que le débat autour du cannabis soit fait de façon « dépassionnée » et d’ajouter que la situation sur le terrain s’empire jour après jour. Par ailleurs, Danny Philippe dit ne pas comprendre le mécanisme de la National Agency for Drug Control et tire à boulets rouges contre l’organisme. « Cela fait 10 mois maintenant que la NADC a été créée et depuis nous n’avons pas eu de rencontre pour passer en revue la situation des drogues dans le pays. On perd du temps avec la question du cannabis alors que dehors le problème est entier et s’empire », explique le travailleur social.

Pour Danny Philippe, face à la situation urgente, il ne faut pas s’éterniser sur un sujet. « Zot pas rodé dépénalisé Gandia, sa faire ki la mafia vende li plis cher ek faire dimoune rode pliss cash pou vine acheter. Kan pena cash sa bane consommateur, la tourne zot faire synthétique ki pli accessible et noune trouve bane rezilta ki été lor terrain », dit-il.

Les institutions gangrenées

Pour sa part, le psychologue et addictologue, Kunal Naïk dit ne pas comprendre le raisonnement de Sam Lauthan. « Le président de la NADC s’explique et dit toujours avoir des documents sur ce qu’il dit mais personne ne sait ce que disent ces documents », explique Kunal Naïk. Ce dernier explique qu’à travers le monde les gouvernements réalisent que la dépénalisation du cannabis pour en faire un produit contrôlé aide surtout à tuer les marchés parallèles liés à la drogue. « Aujourd’hui le constat est alarmant. Nous ne parlons plus de synthétiques simples, mais nous avons sur le territoire des produits comme la Crystal Meth, le Nitazen et autres qui sont potentiellement plus dangereux », dit-il.

Pour Kunal Naïk, les arguments avancés par Sam Lauthan sont farfelus.   « Il n’y a aucune preuve scientifique pour prouver ce qu’il avance. Il n’y a aucune clarté dans ses dires. Il ne faut pas se servir de la dépénalisation du cannabis pour faire abstraction sur les autres produits », soutient le psychologue. Ce dernier se demande pourquoi la NADC ne s’intéresse pas aux autres sujets. « Pourquoi nous n’avons rien entendu sur l’affaire Reward Money ? Les institutions sont gangrenées », dit-il.

Comme Danny Philippe, Kunal Naïk critique aussi la NADC. « Cela fait 10 mois que l’institution n’est pas fonctionnelle. La direction de cette agence est déconnectée du terrain. Il n’y a rien de concret qui se fait. Pourtant le gouvernement a accordé une somme de Rs 70 millions à la NADC, mais nous ne savons pas ce qui se fait avec cet argent car il n’y a aucune consultation qui se fait », soutient Kunal Naïk.

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