Il y a des scandales fabriqués. Et il y a des scandales que l’on étouffe. La polémique autour du by-catch fish business n’est plus une simple controverse sectorielle. Elle est devenue le symbole d’une gouvernance à géométrie variable, où l’on choisit soigneusement qui exposer et qui protéger.
Deux Advisors. Deux statuts. Deux niveaux d’implication. Et une seule constante : deux poids, deux mesures.
Un Advisor sans pouvoir livré à la vindict
Tout commence par des insinuations sur les réseaux sociaux, rapidement relayées sur les ondes par le député Eshan Juman. La cible est désignée : un Advisor présenté comme lié au business du by-catch fish. Sauf que les faits — eux — sont limpides.
L’Advisor mis en cause est Company Secretary d’Aquaris Company Ltd, société incorporée le 18 août 2025, après l’entrée en vigueur du nouveau cadre réglementaire. Son rôle est strictement administratif, sans aucune zone grise :
- aucune action détenue ;
- aucun siège au conseil d’administration ;
- aucun pouvoir décisionnel ;
- aucun bénéfice économique ;
- aucun contrôle sur la gestion ou la stratégie.
Autrement dit : zéro influence, zéro intérêt, zéro pouvoir.
Et pourtant, c’est ce profil-là qui est publiquement dénoncé, exposé, instrumentalisé. La machine politique s’emballe. La tempête médiatique est lancée. Pourquoi ? Parce qu’il est facile à attaquer.
Parce qu’il n’est pas au centre du pouvoir. Parce qu’il ne gêne personne.
Là où le silence devient assourdissant
À quelques mètres de là — dans le même port, dans le même secteur — une autre réalité existe.
Une réalité nettement plus engageante, mais soigneusement ignorée. Eco-Tropic Co. Ltd, société incorporée le 26 novembre 2024, opérationnelle depuis juin 2025, opère pleinement dans le commerce et la distribution de produits halieutiques. Son capital est clair. Sa structure est connue. Ses activités sont déclarées. Et surtout, parmi ses actionnaires-directeurs figure Elysee Jean Carl Berty, Senior Advisor du Premier ministre, détenteur de 25 % du capital.
Dans ce cas précis, il ne s’agit plus d’un rôle administratif :
- il est actionnaire ;
- il participe aux décisions stratégiques ;
- il engage juridiquement la société ;
- il est bénéficiaire économique direct.
Tout cela est consigné dans les documents officiels. Tout cela est confirmé par une réponse parlementaire (PQ 1084) du ministre de l’Agro-industrie, Arvin Boolell. Et pourtant : aucune tempête. Aucune indignation publique. Aucune dénonciation politique. Aucun micro tendu.
Ce n’est plus une incohérence. C’est un choix.
À ce stade, il ne s’agit plus d’interprétation. Il s’agit d’un choix politique assumé. Un Advisor sans pouvoir devient un scandale national. Un Senior Advisor directement impliqué dans un business réglementé par l’État devient invisible. Ce n’est pas une erreur. Ce n’est pas un oubli. C’est une sélection.
Une gouvernance à deux vitesse
La question n’est pas personnelle. Elle est institutionnelle. Soit l’implication dans le by-catch fish business pose un problème d’éthique — et alors tous les cas doivent être examinés avec la même rigueur. Soit elle n’en pose pas — et il faut cesser les lynchages ciblés.
Mais continuer à frapper les profils faibles tout en protégeant ceux qui siègent au cœur du pouvoir, ce n’est pas de la gouvernance. C’est du calcul politique.
Quand le silence accuse plus que les mots
Dans un État de droit, les documents officiels devraient clore le débat. Ici, ils l’ouvrent. Car lorsque les faits sont établis, consignés et confirmés, le silence devient une position politique. Et parfois, il est plus compromettant qu’un scandale.
Dans cette affaire, le problème n’est pas le poisson. Ce sont les filets sélectifs.
