Présenter une réforme avant de consulter les principaux concernés. Puis organiser une réunion lorsque la polémique éclate. Voilà une méthode qui interroge.
C'est mettre la charrue avant les bœufs. Ou, pour reprendre une expression bien connue, pratiquer le trial and error en matière de gouvernance.
Depuis plusieurs jours, les amendements annoncés au Waqf Act alimentent les inquiétudes et les débats. Face aux nombreuses interrogations soulevées, une importante réunion consultative s'est finalement tenue hier sous la présidence du ministre Shakeel Mohamed afin de discuter des modifications qui devraient être intégrées au prochain Finance Bill.
Mais une question demeure : pourquoi consulter après avoir déjà présenté les amendements ?
Dans toute démocratie moderne, la logique voudrait que les consultations précèdent les décisions. Les parties concernées sont écoutées, leurs observations sont prises en considération, puis le gouvernement présente un texte consolidé. Ici, l'impression est exactement inverse : les amendements ont d'abord été dévoilés, suscitant une vague de réactions, avant que le dialogue ne soit engagé.
Autre élément troublant : la communication gouvernementale.
Les autorités ont détaillé la composition de la réunion, rappelé que les amendements visaient notamment à permettre à Maurice de respecter ses engagements internationaux en matière de lutte contre le blanchiment d'argent et le financement du terrorisme (AML/CFT), et évoqué la volonté de moderniser une législation datant de 1941.
En revanche, pas un mot sur l'essentiel.
Quelles propositions ont été discutées ? Les inquiétudes exprimées par les représentants présents ont-elles été retenues ? Certains amendements seront-ils revus ? D'autres abandonnés ? Aucun élément concret n'a été communiqué à l'issue de cette rencontre.
Or, lorsqu'un gouvernement convoque une consultation après une vive polémique, l'opinion publique est en droit de connaître les conclusions de cet exercice. Une consultation n'est pas une opération de communication destinée à publier une photo de famille ou une liste de participants. Son intérêt réside dans les décisions qui en découlent.
Le débat autour du Waqf Act dépasse largement la seule communauté musulmane. Il soulève une question plus fondamentale : celle de la manière dont un gouvernement prépare des réformes touchant à des institutions historiques et sensibles.
À cela s'ajoute un autre constat. Plusieurs dispositions de la loi actuelle font depuis longtemps l'objet de critiques de la part de juristes et de représentants de la communauté concernée. Si ces interrogations existent depuis des décennies, pourquoi avoir attendu aujourd'hui pour ouvrir le chantier ? Et si une réforme était effectivement nécessaire, pourquoi ne pas avoir privilégié une véritable concertation en amont afin d'éviter les incompréhensions actuelles ?
Le gouvernement affirme vouloir rassurer. Pourtant, la meilleure façon de le faire reste la transparence.
Après la réunion d'hier, les Mauriciens ne savent toujours pas ce qui a été décidé. Ils connaissent les noms des participants, mais ignorent le contenu des échanges. Ils savent qu'une consultation a eu lieu, mais pas ce qu'elle a produit.
Sur un sujet aussi sensible, ce manque de clarté entretient les interrogations au lieu de les dissiper.
Une réforme ne se mesure pas seulement à son contenu. Elle se juge aussi à la méthode employée pour la construire. Et sur ce point, le gouvernement donne malheureusement l'impression d'avoir commencé par la conclusion avant d'ouvrir le débat.