À la suite de l’accident survenu dimanche dernier à Pamplemousses, au cours duquel une septuagénaire a percuté un policier en service, le débat sur l’aptitude à la conduite des personnes âgées refait surface. Un débat sensible, émotionnel… mais qui mérite mieux que des réactions à chaud.
Le ministre des Transports terrestres, Osman Mahomed, estime qu’il n’est « pas normal » de laisser une personne décider seule si elle peut continuer à conduire jusqu’à 70, 80, voire 100 ans, sans contrôle réel des autorités. Il plaide ainsi pour l’introduction d’une limite d’âge assortie de contrôles médicaux, indiquant avoir déjà saisi le National Safety Council sur la question.
Sur le principe, l’appel à plus de contrôle peut sembler raisonnable. Mais dans la forme comme sur le fond, le raisonnement du ministre pose problème.
Aucun chiffre, aucune donnée, beaucoup d’émotion
À aucun moment, Osman Mahomed ne s’appuie sur des statistiques précises. Or, les chiffres disponibles — année après année — montrent une réalité bien différente : les accidents mortels sont majoritairement causés par de jeunes conducteurs, souvent pour excès de vitesse, conduite imprudente, alcool ou distraction.
Faut-il alors, par cohérence, relever l’âge légal de la conduite de 18 à 21 ans ? Interdire la conduite aux moins de 25 ans la nuit ? Bien sûr que non. Parce que le problème n’est pas l’âge en soi, mais le comportement au volant.
Stigmatiser les personnes âgées : une fausse bonne idée
Interdire ou restreindre systématiquement la conduite des seniors serait une réponse simpliste à un problème complexe. De nombreuses personnes âgées conduisent prudemment, avec expérience, et représentent parfois moins de danger que certains jeunes conducteurs surexcités.
Introduire une limite d’âge arbitraire reviendrait à punir une catégorie entière de citoyens sur la base de quelques cas isolés. Une approche injuste, discriminatoire, et socialement dangereuse — surtout dans un pays où la voiture reste, pour beaucoup de seniors, un outil essentiel d’autonomie.
La vraie solution : des contrôles pour tous
S’il faut renforcer les contrôles médicaux, alors qu’ils concernent tous les conducteurs, indépendamment de l’âge. Vue, réflexes, audition, aptitude psychologique : ces critères peuvent se dégrader à 30, 50 ou 70 ans. Le permis de conduire ne devrait pas être un acquis à vie sans réévaluation.
La sécurité routière ne se construit pas sur des réactions émotionnelles à un fait divers, mais sur des politiques publiques basées sur des données, de la prévention, de l’éducation et des contrôles équitables.
En ciblant uniquement les personnes âgées, le ministre donne l’impression de chercher un bouc émissaire plutôt qu’une solution durable. Et sur un sujet aussi sérieux que la sécurité routière, l’approximation n’est pas une option.