Comment les dégâts causés au Metro Express ont-ils été évalués à Rs 45 millions ? Interrogée par topnews.mu, Metro Express Ltd (MEL) confirme des réparations pouvant s’étendre sur douze mois et une assurance auprès de SICOM. Mais elle ne transmet ni inventaire chiffré, ni ventilation par station, ni rapport permettant de vérifier le montant annoncé.
Les dommages sont établis. Leur évaluation financière reste à documenter. Après les incidents ayant touché Coromandel, Barkly et Vandermeersch, une estimation de Rs 45 millions de dégâts matériels a été rendue publique le 16 octobre, lors de l’annonce de la reprise du service par le ministre du Transport, Osman Mahomed. À cette somme s’ajoutent environ Rs 6 millions de manque à gagner pour quatre jours d’interruption, selon les chiffres rapportés par Le Défi.
La distinction est essentielle : les Rs 51 millions correspondent à l’addition des dommages matériels et des recettes perdues. Ils ne constituent pas une facture de réparation.
Pour comprendre le calcul, topnews.mu a adressé treize questions à MEL : quels équipements ont été endommagés, lesquels doivent être réparés ou remplacés, à quel prix et sur la base de quelle expertise ?
La réponse reçue apporte des précisions sur la remise en état. Elle ne permet toutefois pas de reconstituer les Rs 45 millions.
MEL renvoie aux médias pour ses propres chiffres
Sur le volet financier, l’entreprise indique que la valeur des dégâts et les pertes de recettes ont été communiquées lors d’une intervention devant la presse le vendredi. Elle invite topnews.mu à consulter les articles publiés, notamment par Defimedia.
Or, retrouver un montant dans la presse ne permet pas d’en vérifier les fondements. Dans sa réponse, MEL ne précise pas si les Rs 45 millions constituent une estimation interne, une évaluation indépendante ou un coût établi à partir de devis.
L’entreprise ne communique pas davantage la date de l’évaluation, son auteur ou le détail des dépenses déjà engagées. Elle ne transmet pas non plus le rapport demandé, même sous une forme expurgée des informations sensibles.
Cette absence de justificatifs dans la réponse reçue ne prouve pas que le montant est excessif. Elle empêche, en revanche, d’en apprécier la solidité.
Une expertise encore attendue le matin de l’annonce
La chronologie soulève une question précise. Dans un article publié le 16 octobre au matin, Le Défi indiquait qu’un expert devait encore intervenir pour évaluer les dégâts. Le journal rapportait aussi les difficultés liées à l’importation de pièces spécialisées, dont certaines pourraient devoir être fabriquées sur commande.
L’estimation de Rs 45 millions, rapportée plus tard dans la journée, intégrait-elle déjà cette expertise ? Ou reposait-elle sur un premier relevé technique, susceptible d’être révisé ?
La réponse de MEL ne tranche pas cette question. Pourtant, elle permettrait de savoir quel degré de précision attribuer au chiffre annoncé.
Des équipements identifiés, mais aucun coût détaillé
Les informations disponibles font état de dommages aux équipements de billetterie et de communication. L’Express mentionnait notamment un distributeur automatique de tickets à Barkly, des caméras de surveillance et des écrans d’information destinés aux passagers. Le journal rapportait également un délai d’environ un an pour obtenir une nouvelle machine.
Ces éléments peuvent expliquer des réparations complexes et coûteuses. Ils ne suffisent cependant pas à établir leur montant total sans connaître le nombre d’appareils concernés, leurs références, leur état et les prix de remplacement.
MEL ne précise pas non plus, dans sa réponse, si des équipements de signalisation ont dû être remplacés, ni quelle part de l’estimation correspond aux systèmes de communication. Il reste donc impossible de distinguer les dommages aux installations accessibles aux voyageurs de ceux affectant les équipements techniques du réseau.
Douze mois pour tout rétablir, malgré la reprise du service
MEL indique que ses équipes interviennent quotidiennement depuis l’instauration du couvre-feu, lorsque les conditions le permettent. Certaines pièces étaient disponibles en stock ; d’autres doivent être obtenues à l’étranger. Des machines restent ainsi hors service ou partiellement fonctionnelles.
L’entreprise estime que la remise en état complète pourrait prendre jusqu’à douze mois, tout en affirmant travailler à raccourcir ce délai. Elle assure que le métro fonctionne désormais selon ses horaires habituels, dans des conditions sûres pour les employés et les voyageurs.
La circulation des rames a donc repris, mais tous les équipements ne sont pas rétablis. MEL ne fournit pas de calendrier détaillé permettant aux usagers de savoir quelles installations resteront indisponibles et pour combien de temps.
L’assurance ne dit pas encore qui paiera
L’entreprise confirme être assurée auprès de SICOM. Pour les détails de la réclamation, elle invoque une clause de confidentialité contractuelle.
Cette réponse laisse inconnus le montant réclamé, les éventuelles franchises, la part susceptible d’être indemnisée et le solde qui pourrait rester à la charge de MEL. Elle ne permet pas non plus de savoir si les pertes de recettes sont couvertes.
Il serait donc prématuré d’affirmer que l’assurance réglera toute la facture, comme de présenter l’ensemble du montant annoncé comme une dépense qui devra être supportée par des fonds publics.
La prochaine clarification doit venir de MEL et du ministre : quel document soutient les Rs 45 millions annoncés, que comprend exactement cette estimation et quelle part restera effectivement à payer après indemnisation ?
Un inventaire chiffré, une méthode d’évaluation et une ventilation des principaux coûts permettraient de passer d’un montant annoncé à une estimation vérifiable. À ce stade, ces pièces n’ont pas été fournies à topnews.mu.