Après près d'un demi-siècle passé dans l'industrie maritime mauricienne, Alain Malherbe ne livre pas un simple rapport technique. Il signe un véritable plaidoyer en faveur d'une réforme de la gouvernance de la Mauritius Ports Authority (MPA). Son document de 95 pages, intitulé Governance, Accountability and Institutional Oversight within the Mauritius Ports Authority, se présente moins comme un acte d'accusation que comme une réflexion approfondie sur les conditions indispensables au développement du port de Port-Louis.
Dès les premières pages, l'auteur fixe le ton. Il insiste sur le fait que son travail n'est motivé ni par des considérations politiques ni par des intérêts personnels, mais par la volonté de « rendre au port ce qu'il lui a apporté » après toute une carrière consacrée au secteur maritime. Cette approche donne au document une crédibilité particulière : celle d'un professionnel qui connaît intimement les rouages du port et qui estime que le moment est venu d'ouvrir un débat de fond.
L'une des principales forces du rapport réside dans sa méthode. Alain Malherbe ne cherche pas à établir la culpabilité de personnes ou à prononcer des condamnations. Il rassemble des correspondances, observations et préoccupations adressées au fil des années à différentes autorités afin de mettre en évidence un fil conducteur : celui de la gouvernance. Selon lui, des dossiers qui semblent isolés prennent une toute autre dimension lorsqu'ils sont examinés ensemble. Ils révèlent des problématiques récurrentes touchant à la transparence, à la responsabilité institutionnelle et à la qualité des processus décisionnels.
Le rapport explore ainsi un large éventail de sujets : la légalité et la composition du conseil d'administration, les procédures de recrutement, les relations avec les employés, les mécanismes de lanceurs d'alerte, les marchés publics, la sécurité maritime, la protection des données, les investissements futurs et même les échanges avec la Banque mondiale. Ce vaste champ d'analyse traduit une conviction forte : la performance d'un port ne dépend pas uniquement de ses infrastructures, mais surtout de la qualité de sa gouvernance.
Cette idée revient comme un véritable fil rouge tout au long du document. Pour Alain Malherbe, un port moderne ne peut prétendre devenir un hub régional si les règles de gouvernance ne sont pas irréprochables. Les investissements dans les quais, les remorqueurs ou les équipements ne suffisent pas à eux seuls. Ils doivent être accompagnés d'une culture institutionnelle fondée sur la transparence, la compétence, la méritocratie et l'obligation de rendre compte.
L'auteur insiste également sur une distinction essentielle entre la légalité et la bonne gouvernance. Une décision peut être juridiquement valable tout en suscitant des interrogations sur sa transparence ou sur la confiance qu'elle inspire aux employés et aux parties prenantes. À ses yeux, la conformité à la loi constitue le minimum requis ; une institution stratégique doit aller bien au-delà en renforçant constamment sa crédibilité et son exemplarité.
Le rapport met aussi en avant l'importance du climat interne. Les procédures de recrutement, les réformes des ressources humaines ou encore les mécanismes de signalement des irrégularités sont analysés non seulement sous l'angle administratif, mais aussi sous celui de la confiance des employés. Alain Malherbe rappelle qu'une institution performante repose avant tout sur ses femmes et ses hommes, résumant cette philosophie par une phrase qui revient dans sa préface : « Infrastructure Alone Does Not Operate a Port. People DO! »
Au-delà des critiques, le rapport se veut résolument tourné vers l'avenir. L'auteur estime que Maurice entre dans une période décisive marquée par d'importants investissements portuaires. Pour lui, cette modernisation physique doit impérativement s'accompagner d'une modernisation de la gouvernance afin de préserver la compétitivité du port face à une concurrence régionale de plus en plus intense.
En définitive, le travail d'Alain Malherbe dépasse largement la simple dénonciation de dysfonctionnements. Il propose une réflexion sur la manière dont une institution stratégique peut renforcer sa crédibilité et préparer son avenir. Que l'on partage ou non chacune de ses observations, son rapport soulève une question fondamentale pour Maurice : le développement du port de Port-Louis dépend-il uniquement des investissements matériels, ou exige-t-il d'abord une gouvernance irréprochable ? C'est probablement là que réside la principale contribution de ce document au débat public.