Nage avec les baleines : la loi piétinée, les autorités ferment-elles les yeux ?


  • Une compagnie attribuée au beau-frère d'une Junior Minister continuerait à proposer ces excursions, alimentant les interrogations sur l'absence de contrôles.

Alors que la nage avec les baleines est interdite à Maurice depuis 2012, certaines compagnies continuent pourtant à commercialiser ouvertement cette activité sur les réseaux sociaux, sans que cela ne semble susciter la moindre réaction des autorités. Publicités, vidéos promotionnelles, réservations en ligne : les offres restent visibles et accessibles, donnant l'impression que cette pratique est parfaitement tolérée.

Sur la côte ouest notamment, plusieurs opérateurs proposent toujours des packages incluant la mise à l'eau avec les cachalots, en totale contradiction avec la législation qui n'autorise que l'observation responsable des mammifères marins depuis une embarcation.

Plus troublant encore, parmi les opérateurs dont le nom circule figure une compagnie qui appartiendrait au beau-frère d'une Junior Minister. Si cette information mérite naturellement d'être vérifiée par les autorités compétentes, cette proximité supposée alimente déjà de nombreuses interrogations sur l'absence d'interventions contre certains opérateurs pourtant très visibles.

Le sujet avait pourtant été porté au Parlement en avril dernier par la députée de l'opposition Joanna Bérenger, qui avait interrogé le ministre du Tourisme Richard Duval sur les amendements attendus à la Tourism Act afin d'encadrer plus strictement les activités d'observation et de nage avec les dauphins et les baleines.

Le ministre avait alors reconnu que près d'une centaine d'embarcations opèrent régulièrement sur la côte sud-ouest, sur un total de 278 licences délivrées par la Tourism Authority. Il avait également confirmé qu'un projet de règlement existait, mais que celui-ci restait bloqué en raison des désaccords persistants entre les opérateurs touristiques et les organisations de protection de l'environnement.

Parmi les pistes évoquées figure la création d'une enforcement squad regroupant la National Coast Guard, la Tourism Authority et la Fisheries Division afin de faire respecter la réglementation. Là encore, rien de concret. Le principal obstacle avancé est... le financement. Quant au calendrier de mise en œuvre, aucune échéance n'a été annoncée.

Pendant que les discussions se prolongent, les excursions continuent. Les publications promotionnelles se multiplient sur les réseaux sociaux sans qu'aucune nouvelle réglementation ne voie le jour et sans qu'une campagne d'application rigoureuse de la loi ne soit véritablement visible.

Cette situation inquiète également les défenseurs de l'environnement. Les ONG rappellent que la population de cachalots résidents autour de Maurice ne compterait qu'une vingtaine d'individus, ce qui rend leur protection d'autant plus cruciale. Pour elles, chaque interaction non contrôlée représente une pression supplémentaire sur une espèce particulièrement vulnérable.

Plus de quatorze ans après l'interdiction de la nage avec les baleines, la question demeure entière : la loi est-elle réellement appliquée ou est-elle devenue un simple texte ignoré par ceux qui continuent de faire commerce de cette activité en toute sérénité ? Tant que les autorités tarderont à agir, les annonces continueront de fleurir sur les réseaux sociaux, au risque d'écorner davantage l'image de Maurice comme destination engagée en faveur d'un tourisme durable.

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