Alors que certains réfléchissent à de nouvelles mesures pour encadrer l’utilisation des téléphones et des réseaux sociaux, Bluetooth a accepté de sortir de son silence. Accusé de distraire les automobilistes, de provoquer des accidents et, apparemment, de menacer l’ordre public, il a tenu à rétablir quelques vérités.
Journaliste : Bluetooth, merci d’avoir accepté cette interview.
Bluetooth : Je n’avais pas vraiment le choix. Quand j’ai entendu qu’on cherchait encore un responsable à tous les problèmes de la société, je me suis dit que mon tour était arrivé.
Journaliste : Vous êtes accusé de favoriser les conversations téléphoniques au volant et donc les accidents de la route.
Bluetooth : C’est vrai. Et les chaussures favorisent les cambriolages puisqu’elles permettent aux voleurs de marcher jusqu’aux maisons.
Journaliste : Vous semblez ironique.
Bluetooth : Parce que l’accusation est ironique. Pendant des années, on nous a expliqué que le kit mains libres était plus sûr que le téléphone à la main. Aujourd’hui, j’apprends que je suis devenu une menace nationale.
Journaliste : Certains pensent qu’il faudrait davantage contrôler les technologies qui distraient les conducteurs.
Bluetooth : Très bonne idée. Après moi, il faudra interdire les autoradios. Puis les passagers. Puis les enfants qui parlent à l’arrière. Puis les belles-mères qui donnent des conseils de conduite.
Journaliste : Vous exagérez.
Bluetooth : Pas autant que ceux qui pensent qu’un accident est causé par une onde invisible appelée Bluetooth plutôt que par un conducteur qui décide de ne pas regarder la route.
Journaliste : Donc le problème n’est pas la technologie ?
Bluetooth : Le problème, c’est l’utilisation qu’on en fait. Un marteau peut construire une maison ou casser une fenêtre. On n’a pourtant jamais demandé une vérification d’identité avant l’achat d’un marteau.
Journaliste : Certains responsables estiment qu’il faut agir pour protéger la population.
Bluetooth : Je suis entièrement d’accord. Commençons alors par les vraies causes : vitesse excessive, alcool, imprudence, fatigue, absence de discipline au volant. C’est moins spectaculaire qu’un grand débat sur la technologie, mais c’est généralement plus efficace.
Journaliste : Craignez-vous d’être la prochaine cible d’une réglementation ?
Bluetooth : Absolument. J’ai déjà préparé ma valise. Aujourd’hui c’est Bluetooth. Demain ce sera Wi-Fi. Après-demain, probablement les prises électriques.
Journaliste : Que ressentez-vous face à cette situation ?
Bluetooth : Une profonde tristesse. J’ai connecté des millions d’appareils pendant près de trente ans. Des écouteurs, des voitures, des enceintes. Je n’ai jamais conduit une seule voiture. Pourtant, me voilà dans le box des accusés.
Journaliste : Un dernier message au gouvernement ?
Bluetooth : Oui. Si votre téléviseur diffuse un mauvais programme, ce n’est pas la faute de la prise électrique. Si quelqu’un utilise mal une technologie, ce n’est peut-être pas la technologie qu’il faut interroger en premier.