C’est désormais l’une des affaires les plus troublantes du moment, notamment depuis la question parlementaire adressée par Joanna Bérenger au ministre du Travail Reza Uteem. Pourtant, la disparition de Monowara Begum ne date pas d’hier. Voilà déjà plusieurs semaines que cette jeune travailleuse bangladaise est portée disparue sur le territoire mauricien.
L’affaire avait d’abord été portée à l’attention du public par le syndicaliste Fayzal Ally Beegun, engagé depuis plusieurs années dans la défense des droits humains des travailleurs étrangers à Maurice. Sur les réseaux sociaux, plusieurs de ses publications avaient déjà suscité de nombreuses interrogations.
Pourquoi une prime de Rs 100 000 aurait-elle été mise sur la tête de cette travailleuse étrangère, alors que des dizaines, voire des centaines de Bangladais disparaissent chaque année sans provoquer une telle mobilisation ? Pourquoi un tel intérêt autour de Monowara Begum ? Des questions restées sans réponse jusqu’au 26 mai dernier.
Lors de la séance parlementaire, la question de Joanna Bérenger a poussé Reza Uteem à déclarer ses intérêts dans cette affaire. Il est désormais établi que Monowara Begum travaillait au sein de la famille Uteem.
Selon des informations recueillies dans le milieu des travailleurs bangladais à Maurice, l’ambassadeur du Bangladesh aurait lancé un appel à la communauté bangladaise afin de retrouver Monowara Begum. Mais le ton employé dans un message vidéo circulant actuellement sur WhatsApp intrigue et suscite de vives inquiétudes.
Fayzal Ally Beegun confirme l’existence de cette vidéo, largement relayée parmi les travailleurs bangladais. Après traduction, le message de l’ambassadeur se lirait comme suit :
« Her disappearance has become a matter of great concern for every Bangladeshi expatriate in Mauritius. Furthermore, there is a strong risk that this incident could tarnish the image of the Bangladeshi community here. If this disappearance was intentional, it could also create a significant negative impact on the Bangladeshi labor market in Mauritius. »
Pour le syndicaliste, la référence à un possible « impact négatif sur le marché du travail bangladais à Maurice » soulève de sérieuses interrogations.
« Pourquoi dire que cela aura un impact sur le marché ? Qui aurait menacé de ne plus faire venir de travailleurs bangladais à Maurice ? », s’interroge Fayzal Ally Beegun.
Ce dernier estime même que le message diffusé pourrait mettre directement la vie de Monowara Begum en danger.
« Je ne sais pas d’où vient exactement cette histoire de prime de Rs 100 000, mais si ce message circule autant, c’est qu’il existe forcément une source quelque part. Nous sommes face à une situation extrêmement dangereuse. Jamais auparavant nous n’avons vu une telle réaction de la part de l’ambassade. Là, ils jouent avec la sécurité d’une femme. Elle peut être kidnappée, séquestrée ou victime d’une demande de rançon. Elle court un réel danger », affirme-t-il.
La vérité, coûte que coûte
Pour Fayzal Ally Beegun, une priorité s’impose désormais : retrouver Monowara Begum au plus vite.
À ce stade, aucune indication précise ne permet de savoir où elle se trouve. Toutefois, selon plusieurs sources proches du dossier, elle pourrait être déportée une fois retrouvée.
« Nous devons la retrouver avant des personnes mal intentionnées. Nous avons le devoir de la protéger. Si elle s’est échappée, si elle a fui, il faut comprendre pourquoi. Nous devons connaître toute la vérité dans cette affaire, car c’est également l’image de Maurice qui est en jeu », soutient le syndicaliste.
Ce dernier rappelle également que Maurice est régulièrement pointée du doigt dans les rapports internationaux, notamment dans les rapports du Département d’État américain sur la traite humaine et les conditions des travailleurs migrants.
Par ailleurs, Fayzal Ally Beegun affirme vouloir alerter plusieurs instances internationales, dont International Labour Organization et Amnesty International, afin qu’une attention particulière soit portée à cette disparition qui soulève désormais bien plus de questions que de réponses.