Le scandale des écoutes téléphoniques continue de faire couler beaucoup d’encre à Maurice. Cette semaine encore, le Premier ministre Navin Ramgoolam a consacré une longue intervention au Parlement à cette question sensible, affirmant que l’ancien système de surveillance de masse installé sous le précédent régime a été complètement démantelé.
Mais derrière les débats politiques actuels se cache une histoire qui remonte à plus de vingt-cinq ans.
Selon plusieurs enquêtes journalistiques publiées au fil des années, les premières capacités modernes d’écoute électronique auraient véritablement fait leur apparition à Maurice en 1999. À cette époque, le pays entre progressivement dans l’ère de la téléphonie mobile moderne avec l’expansion rapide des réseaux GSM. Les autorités souhaitent alors renforcer les moyens technologiques du National Security Service (NSS), notamment dans la lutte contre le trafic de drogue et certaines formes de criminalité organisée.
C’est dans ce contexte qu’aurait été installé un “Monitoring Main Centre”, considéré comme le premier véritable centre moderne d’interception électronique du pays. Des équipements sophistiqués, notamment des appareils de type IMSI Catcher, auraient également été introduits. Ces systèmes permettent notamment d’identifier et de localiser des téléphones mobiles en se faisant passer pour une antenne relais.
Au fil des années, plusieurs révélations de presse ont évoqué l’existence d’une cellule extrêmement restreinte chargée d’opérer ces équipements. Des articles parlaient d’installations hautement sécurisées aux Casernes centrales ainsi que de véhicules spécialement aménagés pour effectuer certaines opérations mobiles d’interception.
Pendant longtemps, ces informations sont restées entourées d’un grand flou. Très peu de détails officiels avaient été communiqués publiquement et le sujet demeurait presque tabou dans les cercles politiques mauriciens.
Le débat a toutefois pris une nouvelle ampleur ces dernières années avec les nombreuses discussions autour des systèmes de surveillance électronique et de la protection de la vie privée. Au Parlement cette semaine, Navin Ramgoolam a affirmé que l’ancien système allait bien au-delà d’un simple outil d’enquête criminelle.
Le Premier ministre a déclaré que le système interceptait “every digital communication” en temps réel. Selon lui, les communications téléphoniques, emails, messages et activités sur les réseaux sociaux pouvaient être surveillés et stockés dans un centre de données secret.
Dans son intervention, il a également affirmé que des personnalités politiques, des membres de la magistrature, des diplomates ainsi que de simples citoyens avaient été espionnés.
Le chef du gouvernement soutient aujourd’hui que ce système n’existe plus.
"That system was dismantled, shut down and rendered inoperable". Il a aussi indiqué qu’une enquête criminelle est actuellement en cours et que plusieurs arrestations auraient déjà été effectuées. Lors des échanges parlementaires, le député Adrien Duval a toutefois insisté sur la nécessité d’un mécanisme indépendant de contrôle afin d’éviter tout abus futur. Il a notamment évoqué les modèles britanniques et australiens où les interceptions sont supervisées par des structures indépendantes et soumises à un contrôle judiciaire strict.
Le Premier ministre a répondu qu’aucun système d’interception n’est actuellement opérationnel à Maurice, tout en confirmant que le gouvernement réfléchit à une nouvelle législation encadrant de futures capacités de surveillance dans les affaires liées au terrorisme, au trafic de drogue et aux crimes graves.
Aujourd’hui encore, de nombreuses zones d’ombre subsistent autour de cette affaire. Le nombre exact d’appareils importés, les contrats conclus à l’époque, les personnes réellement ciblées ainsi que l’ampleur des opérations menées restent largement inconnus du grand public.
Une chose est toutefois certaine : depuis l’arrivée des premiers équipements modernes en 1999, le dossier des écoutes téléphoniques est devenu l’un des sujets les plus sensibles et controversés de la vie politique mauricienne.