Edito : They Don’t Really Care About Us


Pendant que le pays brûle doucement, nos dirigeants, eux, semblent occupés à une mission bien plus importante : survivre politiquement jusqu’à demain matin. Le Mauricien moyen, lui, vit une expérience totalement différente. Une sorte de Koh-Lanta version réelle. Sortir le soir devient un exercice de foi. Laisser son enfant aller à l’école relève presque du courage parental. Et ouvrir Facebook chaque matin ressemble désormais à un bulletin de guerre : agression, meurtre, accident fatal, attaque au sabre, trafic de drogue, coups de feu, violence scolaire, cambriolage, règlement de compte…

Maurice ne dort plus. Maurice sursaute. Mais heureusement, nos élites sont là. Enfin… quelque part. Pendant que des quartiers entiers vivent sous tension, certains politiciens continuent leurs petites guerres internes dignes d’une télénovela de bas étage. Untel veut plus de pouvoir. Untel veut protéger son ministère. Untel ne dit rien surtout pour ne pas perdre sa place au prochain remaniement. Le pays peut couler, mais attention à ne pas déranger le fauteuil en cuir.

Le plus fascinant dans tout cela, c’est cette capacité collective à faire semblant que tout est sous contrôle. Parce qu’apparemment, tout va bien. Les drogues synthétiques détruisent des jeunes ? Pas grave, lançons un nouveau comité. Les violences explosent dans les écoles ? Une petite réunion et deux photos pour la presse devraient régler ça. Des sabres circulent plus vite que les bonnes nouvelles ? Probablement un détail statistique.

Des coups de feu deviennent presque banals ? Il faut surtout éviter “d’alarmer la population”. Et pendant ce temps, le citoyen, lui, regarde ce spectacle absurde avec cette question qui tourne en boucle dans sa tête : avons-nous encore un pilote dans l’avion ? Ou mieux encore : avons-nous toujours un Commissaire de Police ou est-ce devenu un poste honorifique ?

Le pays ressemble à une cocotte-minute sociale. La colère monte partout. Dans les familles. Dans les rues. Dans les écoles. Même les enfants semblent avoir perdu cette innocence qu’on associait autrefois à Maurice. Aujourd’hui, certains collégiens connaissent mieux les noms des drogues synthétiques que leurs tables de multiplication.

Mais surtout, ce qui fait peur, c’est cette étrange normalisation du chaos. Un meurtre chasse un autre. Une agression efface la précédente. Une vidéo violente devient virale pendant 24 heures avant d’être remplacée par la suivante. Et nos dirigeants ? Ils continuent leurs batailles d’ego comme des musiciens jouant du violon sur le Titanic.

Maurice donne désormais l’impression d’un pays fatigué. Fatigué mentalement. Fatigué moralement. Fatigué d’attendre des solutions qui ne viennent jamais. Et au milieu de tout cela, une phrase revient comme une bande-son parfaite pour l’époque : They Don’t Really Care About Us. Michael Jackson chantait une révolte. À Maurice, cela commence dangereusement à ressembler à un constat national.

Previous Affaire Lexus Recruitment Agency Co Ltd : une enquête réclamée auprès de la FCC et des instances internationales
Next MCB lance Apple Pay à Maurice : une nouvelle ère pour les paiements sans contact