L’essence augmente, le diesel augmente, puis le diesel augmente encore. À chaque annonce, le même réflexe dans les foyers mauriciens : recalculer, ajuster, renoncer. Le transport suit, les prix alimentaires suivent, les services s’ajustent. Lentement mais sûrement, le quotidien devient plus lourd. Et face à cela, une réponse nette, sans détour : NON! Pas de baisse de taxes, pas de mesure d’atténuation, pas même un signal d’empathie. Une ligne dure, assumée par Navin Ramgoolam, comme si la population devait simplement absorber. Pour justifier cette fermeté, un argument a été avancé : Maurice serait, en substance, “à sec”.
Une économie exsangue, incapable de se permettre le moindre geste fiscal. Un raccourci pratique. Mais tres contesté. Car cette lecture repose en grande partie sur des éléments débattus : un état des lieux de l’économie présenté à l’arrivée au pouvoir, dont les conclusions ont été vivement discutées, ainsi que certaines interprétations de notations comme celles de Moody's. Des arguments qui, depuis, ont été remis en question par plusieurs économistes, qui soulignent que parler d’un pays “en faillite” relève davantage de la rhétorique politique que d’une réalité économique.
Maurice fait face à des contraintes, oui. Mais Maurice n’est pas un pays en faillite. Et surtout, même dans un contexte contraint, la question demeure : quelles priorités choisit-on ? Le contexte international, lui, est bien réel. Les tensions autour du détroit d'Ormuz, les incertitudes liées à l’Iran, les risques d’escalade : tout cela pèse sur les prix du pétrole et, par ricochet, sur Maurice. Mais ailleurs, confrontés aux mêmes pressions, certains gouvernements tentent au moins d’amortir le choc, temporairement, imparfaitement, mais visiblement. Ici, rien. Comme si la question n’était pas de soulager, mais au contraire de ‘faire zot payer’.
Et pendant que les ménages serrent la ceinture, pendant que la classe moyenne s’essouffle, pendant que chaque roupie devient stratégique, le chef du gouvernement est en visite officielle en République démocratique du Congo. Le Congo. Le symbole est puissant, presque trop. Dans le contexte actuel, cette visite n’est pas seulement lointaine, elle est inutile. Inutile face à l’urgence économique, inutile pour une population qui attend des réponses concrètes, inutile dans le timing surtout, à un moment où chaque décision compte. Elle donne le sentiment d’un pouvoir ailleurs, physiquement et politiquement. Sur le plan intérieur, tout semble verrouillé.
Une majorité solide, une opposition fragmentée, et un MMM qui, depuis le départ de Paul Bérenger, paraît réduit à une présence sans réelle voix. Ceux qui ont choisi de rester au gouvernement sont là, mais semblent sans portée. Dans un tel rapport de force, la contradiction devient rare, et le débat s’efface.
Dès lors, la question dépasse l’économie. Elle devient politique, presque brutale dans sa simplicité. S’agit-il encore de protéger la population ? Ou simplement de lui demander
d’endurer ?
Car à force de refus, à force de rigidité, à force d’absence de gestes, un message s’installe. Non pas un discours officiel, mais une impression persistante : celle d’un pouvoir qui n’a ni l’obligation ni l’intention de soulager son propre peuple. Bien au contraire, tout se passe comme si la pression devait être supportée, encaissée, acceptée.
Ce qui ressemble à de la fermeté devient alors autre chose. Le confort d’un pouvoir sans pression immédiate, sans contrepoids réel, sans nécessité de composer. Et dans ce confort, une certitude s’installe : les décisions peuvent être prises sans avoir à expliquer, sans avoir à ajuster, sans avoir à répondre.
Mais ce confort a un prix. Et aujourd’hui, ce prix est payé, jour après jour, par la population.
