La pension de vieillesse telle que les Mauriciens la connaissent depuis des décennies s'apprête à subir une transformation majeure. Dans son Budget 2026-2027, le gouvernement a annoncé une réforme en profondeur du système actuel qui entrera en vigueur à partir du 1er janvier 2027.
Première nouveauté : la Basic Retirement Pension (BRP) disparaîtra pour laisser place à la State Age Pension (SAP). Un changement de nom qui reflète surtout un changement de philosophie. Alors que la pension était jusqu'ici accordée de manière universelle aux personnes remplissant les critères d'âge, elle sera désormais calculée en fonction des revenus de chaque bénéficiaire.
Le gouvernement a toutefois décidé de ne pas faire de l'emploi un critère d'exclusion. Ainsi, les personnes âgées de plus de 60 ans qui continuent à travailler pourront toujours bénéficier de la pension. « L'âge restera le seul critère d'éligibilité », a insisté le Premier ministre lors de la présentation du Budget.
La grande nouveauté réside dans l'introduction d'un test de revenus. Toute personne âgée de plus de 60 ans disposant d'un revenu imposable inférieur à Rs 14 000 par mois continuera à percevoir l'intégralité de sa pension. Au-delà de ce seuil, le montant sera progressivement réduit selon un mécanisme dégressif.
Les bénéficiaires dont les revenus mensuels se situent entre Rs 14 000 et Rs 50 000 continueront à recevoir une partie de la pension sous forme de complément de revenu. En revanche, à partir d'un revenu de Rs 50 000 par mois, la prestation sera pratiquement éliminée, à l'exception d'un montant minimum fixé à Rs 1 000.
Selon le gouvernement, cette réforme vise à orienter davantage les ressources publiques vers les personnes âgées les plus vulnérables. L'objectif est de préserver les finances de l'État tout en maintenant un filet de protection pour ceux qui en ont le plus besoin.
Les couples seront également concernés. Lorsque les deux conjoints sont âgés de plus de 60 ans, leurs revenus seront examinés conjointement. Une réduction pouvant atteindre 25 % de leur pension combinée pourra être appliquée. Les autorités estiment qu'un couple partage certaines dépenses et nécessite donc un niveau de soutien inférieur à celui de deux personnes vivant seules.
Le gouvernement souligne que près de 90 % des ménages mauriciens disposent d'un revenu mensuel inférieur à Rs 100 000 et que la majorité des retraités continueront à bénéficier d'une aide de l'État sous une forme ou une autre.
Cette réforme marque néanmoins un tournant historique. La pension de vieillesse universelle, considérée pendant longtemps comme un acquis social fondamental, évolue vers un système davantage ciblé en fonction des revenus. Un changement qui risque d'alimenter de nombreux débats dans les mois à venir, tant sur le plan social que politique.