Bullying parlementaire : après les dénonciations du PMSD, c’est une élue du gouvernement qui en fait les frais


La question du bullying au Parlement, soulevée récemment par le PMSD, a pris une nouvelle dimension cette semaine. Ironie de la scène politique : c’est cette fois une députée du gouvernement, Stephanie Anquetil, qui a été publiquement malmenée lors d’une intervention sur la gestion d’une garderie à Baie-du-Tombeau.

Alors qu’elle interrogeait la ministre Arianne Navarre-Marie sur des points précis de fonctionnement et de supervision, la députée a été interrompue à plusieurs reprises, notamment par le Deputy Prime Minister et leader du MMM, Paul Bérenger. Les interjections — parfois abruptes — ont coupé l’élue dans son élan, donnant l’impression d’une tentative délibérée de la déstabiliser.
Pendant ce temps, son leader, le Premier ministre Navin Ramgoolam, est resté spectateur, sans intervenir pour calmer les échanges ou protéger sa propre députée d’un ton jugé condescendant.

Une élue expérimentée traitée comme une novice

Stephanie Anquetil n’en est pourtant pas à ses débuts. Troisième mandat, présence régulière au sein de l’hémicycle, dossiers sociaux souvent portés… Rien n’a empêché qu’elle soit, ce jour-là, traitée comme une néophyte, comme si son expérience parlementaire n’avait aucune valeur.

Selon des observateurs, les interruptions successives ont franchi la ligne du débat parlementaire vigoureux pour glisser vers une forme de ridiculisation publique. Le ton, les remarques et les insinuations auraient contribué à une humiliation manifeste, ressentie comme du bullying politique orchestré par le MMM.

La Speaker en rajoute : une insinuation qui choque

La scène a atteint un tout autre niveau lorsque la Speaker est intervenue. Plutôt que de calmer le jeu ou de rappeler à l’ordre les membres bruyants, elle a lancé une remarque lourde d’ambiguïté laissant entendre que Stephanie Anquetil “voudrait la place” de la ministre Navarre-Marie.

Une insinuation jugée déplacée, voire méprisante, et qui a été interprétée comme une remise en cause directe de la sincérité de la députée — et de sa légitimité même à interroger un membre du gouvernement.

Pour certains, cette sortie de la Speaker n’a fait que valider publiquement le rapport de force installé dans l’hémicycle, au détriment d’une élue qui tentait simplement d’obtenir des clarifications sur un service public sensible.

Une contradiction politique difficile à ignorer

Le timing de l’incident n’est pas anodin. La semaine précédente, le PMSD s’indignait contre une montée du bullying parlementaire, dénonçant un climat de plus en plus hostile pour les députés en particulier les élues.

Voir, quelques jours plus tard, une députée gouvernementale subir le même traitement — et cela devant les rires ou le silence du banc d’en face comme du sien — donne un relief particulier à la critique.
L’affaire souligne une réalité : le bullying parlementaire dépasse les clivages partisans. Il ne vise pas uniquement l’opposition. Il frappe aussi ceux qui, même au pouvoir, osent poser des questions qui dérangent ou vont au-delà de la ligne du parti.

Un malaise institutionnel qui persiste

L’épisode Anquetil relance ainsi le débat sur la culture parlementaire et la nécessité de rétablir :

  • le respect du temps de parole,
  • l’égalité de traitement entre députés,
  • la neutralité stricte de la présidence,
  • et la protection des membres — femme ou homme — contre les interruptions agressives et les attaques personnelles.

Car au-delà d’un simple échange houleux, ce qui s’est joué est révélateur d’un malaise institutionnel profond, où la joute politique a pris le pas sur la dignité et la fonction représentative.

En sortant de cette séance, une impression demeure :
si même les députés du gouvernement peuvent être intimidés, humiliés ou tournés en dérision en plein hémicycle, alors le problème du bullying parlementaire est bien plus vaste que ce que certains admettent.

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