KOREK : signaler une fuite d’eau… ou un coup d’épée dans l’eau ?


Le gouvernement présente en grande pompe une nouvelle fonctionnalité de l'application KOREK permettant aux citoyens de signaler les fuites d'eau. Une photo, une intelligence artificielle qui analyse la gravité de la fuite, un numéro de suivi et une transmission automatique à la Central Water Authority (CWA). Sur le papier, l'idée semble moderne et séduisante.

Mais une question s'impose : qu'y a-t-il réellement de nouveau ?

Car ce que le ministre ne dit pas, c'est que ce type de service existe déjà. Depuis le 17 août 2021, le Citizen Support Unit (CSU) Mobile App permettait déjà aux citoyens de signaler différents problèmes relevant des services publics, y compris des incidents nécessitant l'intervention des autorités.

Aujourd'hui, on remplace simplement un canal de signalement par un autre, en y ajoutant une couche d'intelligence artificielle chargée d'analyser les photos des fuites. Très bien. Mais la véritable question n'est pas de savoir si l'IA peut reconnaître une fuite d'eau.

La vraie question est toute autre.

Est-ce que l'intelligence artificielle réparera la fuite ?

Parce que ce n'est pas le signalement qui constitue le principal problème à Maurice. Les citoyens savent déjà comment signaler une fuite. Le véritable défi réside dans la rapidité des interventions, la disponibilité des équipes techniques, la gestion des priorités et les moyens dont dispose la CWA pour réparer les milliers de fuites qui existent déjà sur le réseau.

Une intelligence artificielle pourra peut-être classer une fuite comme "mineure" ou "critique". Elle pourra générer un ticket en quelques secondes. Elle pourra même envoyer une notification au citoyen.

Mais elle ne remplacera ni les ouvriers, ni les camions, ni les pièces de rechange, ni les investissements indispensables dans un réseau vieillissant où des millions de litres d'eau potable continuent de se perdre chaque jour.

L'impression qui se dégage est celle d'une communication davantage tournée vers l'effet d'annonce que vers la résolution du problème de fond. On met en avant une technologie innovante alors que les Mauriciens attendent avant tout des résultats concrets : des fuites réparées rapidement et une meilleure qualité du service.

À vouloir présenter cette fonctionnalité comme une révolution, le gouvernement prend le risque de faire oublier que le plus difficile n'a jamais été de recevoir une plainte. Le plus difficile reste d'y répondre efficacement.

Au final, cette annonce ressemble davantage à un coup d'épée dans l'eau qu'à une véritable réforme de la gestion des fuites. Car une application, aussi intelligente soit-elle, ne fera jamais couler l'eau... là où les tuyaux sont toujours percés.

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