Navin Ramgoolam : « induit en erreur » ou pris la main dans le sac ?


Depuis le recul du gouvernement sur la réforme des pensions, certains tentent de présenter Navin Ramgoolam comme la victime de ses propres conseillers. Il aurait été « induit en erreur » et n’aurait compris que trop tard la véritable portée des mesures annoncées dans son Budget.

Cette version est commode. Elle permet de sortir le Premier ministre de l’affaire et de faire porter la faute à quelques collaborateurs opérant dans l’ombre.

Mais elle ne tient pas debout.

Navin Ramgoolam n’est pas un novice. Il gouverne depuis les années 1990, a été Premier ministre pendant plus de quinze ans et connaît parfaitement le fonctionnement de l’État. Ceux qui ont travaillé avec lui savent également qu’il lit attentivement les dossiers avant de les approuver.

Surtout, le cœur de la réforme était d’une simplicité brutale : cesser de verser à tous les retraités la pension universelle, qui débute actuellement autour de Rs 15 000 par mois et augmente selon l’âge du pensionné, puis la réduire ou la supprimer en fonction de leurs autres revenus.

Qu’y avait-il donc à mal comprendre ?

Quelle partie de cette décision le Premier ministre n’aurait-il pas saisie ? N’avait-il pas compris que la pension ne serait plus universelle ? Qu’une partie des retraités allait perdre une portion de cette somme et que d’autres allaient tout perdre ?

Il ne s’agissait pas d’une formule actuarielle obscure dissimulée dans une annexe. Il s’agissait de retirer à des personnes âgées une pension qu’elles considéraient comme un droit.

Faire croire qu’un homme aussi expérimenté aurait lu aveuglément une réforme aussi explosive relève de la fiction politique.

Il savait ce qu’il lisait.

Il savait ce qu’il proposait.

Et il savait qui allait payer.

Le ministre des Finances, c’est lui

Le Budget n’a pas été présenté par un conseiller caché derrière un rideau.

Le ministre des Finances, c’est Navin Ramgoolam.

C’est lui qui a préparé, examiné, validé et présenté le Budget devant l’Assemblée nationale et toute la population.

Les conseillers ont peut-être inspiré ou rédigé certaines propositions. Mais la décision finale portait son autorité, sa signature et sa voix.

La responsabilité politique porte donc un nom : Navin Ramgoolam.

Une vengeance politique ?

Cette réforme était-elle seulement une décision économique brutale ou portait-elle aussi la marque d’un ressentiment ?

Navin Ramgoolam est revenu au pouvoir en 2024 après dix années passées hors de l’Assemblée nationale. Il sait qu’une partie importante des personnes âgées ne lui avait pas accordé sa confiance lors des élections précédentes.

Était-ce une façon de leur faire payer leurs choix ?

Rien ne permet d’affirmer avec certitude qu’il s’agissait d’une vengeance. Mais la violence de la mesure et son ciblage des retraités rendent la question légitime.

La réforme ressemblait moins à une correction budgétaire qu’à une punition : ceux qui avaient travaillé, cotisé, économisé ou constitué un petit revenu supplémentaire devaient perdre une partie de leur pension.

Si c’était une revanche, elle s’est retournée contre son auteur.

Il voulait retirer leur pension aux retraités.

Ce sont les retraités, leurs familles et le pays qui lui ont retiré leur confiance.

L’arroseur arrosé.

Les conseillers conseillent. Le Premier ministre décide.

Il est possible que des conseillers aient fortement influencé cette réforme.

Mais qui les a choisis, nommés et installés au ministère des Finances et au PMO ?

Qui leur a donné accès aux institutions et le pouvoir d’influencer les décisions de l’État ?

Navin Ramgoolam.

Un Premier ministre ne peut pas s’attribuer le mérite des décisions populaires et se déclarer victime de son entourage lorsque la population rejette les mauvaises.

Les conseillers conseillent.

Le Premier ministre décide.

Et celui qui décide assume.

À moins qu’il ne décide plus de rien

À moins, bien sûr, que Navin Ramgoolam ne décide désormais absolument de rien.

À moins qu’il ne soit devenu trop fatigué, trop distrait ou trop occupé par d’autres préoccupations pour lire ses dossiers et s’occuper réellement des affaires du pays.

Ce serait encore plus grave.

Cela signifierait que quelques apprentis sorciers non élus gouvernent Maurice dans l’ombre à sa place.

Qui prend alors les décisions au PMO ? Qui donne les instructions ? Qui tire les ficelles des institutions ? Pour servir l’intérêt public, ou pour protéger des amis, des réseaux et des intérêts privés ?

S’agit-il de simples communicants chargés de faire du spin doctoring ? D’apprentis Goebbels construisant la propagande du régime ? D’apprentis Göring concentrant le pouvoir et distribuant les privilèges ? D’apprentis Himmler rêvant d’utiliser les institutions pour intimider ou neutraliser ceux qui dérangent ?

La comparaison historique porte sur des méthodes dangereuses : propagande, concentration du pouvoir, instrumentalisation des institutions et persécution politique.

Si Navin Ramgoolam décide, il est responsable.

S’il ne décide plus, il est tout aussi responsable d’avoir abandonné le pouvoir — et notre pays — à des individus dangereux, mus par une cruauté politique inquiétante, que personne n’a élus.

Dans les deux cas, la situation est extrêmement grave.

Dans les deux cas, Navin Ramgoolam en est l’architecte.

C’est lui qui a choisi ces conseillers.

C’est lui qui les a placés au cœur du PMO.

C’est lui qui leur a ouvert les portes des institutions.

C’est lui qui leur a permis d’influencer les décisions de l’État.

Et c’est lui qui en porte la responsabilité.

Mene, Mene, Tekel

Dans le Livre de Daniel, ces mots apparaissent sur le mur du palais du roi de Babylone. Ils annoncent la chute imminente d’un pouvoir devenu aveugle et incapable de comprendre que son temps touche à sa fin.

Mene : les jours de ton règne ont été comptés.

Tekel : tu as été pesé dans la balance et trouvé insuffisant.

Le peuple mauricien a compté les erreurs.

Il a pesé le gouvernement.

Il a compris que l’histoire du Premier ministre « induit en erreur » n’était qu’une tentative pour le dégager de ses responsabilités.

Et il lui a déjà retiré sa confiance.

Mene, Mene, Tekel, Navin.

Que tu aies personnellement voulu cette réforme ou laissé tes conseillers agir à ta place, la responsabilité reste la même.

Elle est la tienne.

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