Instruction sur Facebook, verdict en direct : chronique d’une persécution politique annoncée


Il faut reconnaître une certaine forme d’innovation institutionnelle : l’enquête publique version 2.0. Désormais, nul besoin d’attendre des faits établis ni même une procédure formelle. Quelques déclarations au Parlement, des relais bien orchestrés dans la presse, une activité soutenue sur les réseaux sociaux, souvent amplifiée par des soutiens engagés, et voilà qu’un dossier semble déjà instruit dans l’opinion.

Selon nos sources, certains observateurs s’interrogent en coulisses : à quel moment la communication a-t-elle pris le pas sur les faits ?

Justice administrative maison : enquête ou alignement ?

Le ministre évoque une « enquête » menée par ses services. Une question simple se pose alors : ces officiers sont-ils réellement des enquêteurs formés, indépendants et habilités à conduire des investigations de nature financière ou pénale ? Au sein même de l’administration, des voix, discrètes, expriment un malaise. La frontière entre mission administrative et pouvoir d’instruction semblerait de plus en plus floue. D’autres estiment qu’une véritable enquête devrait relever d’instances compétentes et indépendantes, juridiquement encadrées, et non d’équipes placées sous l’autorité directe d’un ministre dont la position semble déjà orientée.

Un Directeur général « collaboratif » ?

Dans ce contexte, la notion de collaboration prend une tournure particulière. Le ministre a souligné que l’actuel directeur général de la CNT, nommé par ses soins, « collabore pleinement » à la constitution du dossier. Une déclaration qui interroge. Un dirigeant nommé politiquement dispose-t-il réellement de la latitude nécessaire pour ne pas collaborer ? Et collaborer à quoi, exactement ? À une recherche impartiale de vérité ou à la construction d’un dossier à charge ?

Pendant ce temps, le service public attend

Pendant ce temps, la réalité du terrain semble reléguée au second plan. La CNT fait face à des défis opérationnels importants : difficultés d’approvisionnement, qualité variable des pièces, pression sur la maintenance, manque de ressources techniques et un nombre croissant de bus immobilisés. Certaines sources évoquent même l’utilisation de pièces moins fiables, aggravant les pannes et dégradant le service. Pourtant, ces enjeux présents paraissent passer après la volonté de revisiter le passé.

Les bus qui devaient déjà rouler

Le ministre met en avant l’arrivée de 100 bus électriques. Mais plusieurs sources indiquent que ce projet s’inscrit dans la continuité d’un travail déjà engagé. Sous l’ancienne administration, un plan stratégique de renouvellement de la flotte avait été élaboré, validé, et soutenu par des accords avec le gouvernement indien. Les bus auraient même été commandés et fabriqués avant les élections de 2024.

Par ailleurs, un appel d’offres pour 100 bus diesel supplémentaires avait été lancé, clôturé, et se trouvait en phase finale d’évaluation au Central Procurement Board. Le financement était sécurisé. Logiquement, ces bus auraient dû être en service dès 2025. Aujourd’hui, une question revient avec insistance : que s’est-il passé ?

Une continuité administrative effacée par convenance

La question de la continuité administrative mérite également d’être posée. Les procédures d’achat actuellement pointées du doigt ne datent pas de 2020. Elles existaient bien avant, mises en place selon des directives successives et appliquées sur plusieurs années. Pourtant, dans la narration actuelle, tout semble commencer à cette date précise, une coïncidence qui intrigue jusque dans certains cercles administratifs.

Si l’objectif est réellement de faire la lumière sur d’éventuelles irrégularités, pourquoi ne pas remonter aux origines des procédures ? Pourquoi circonscrire l’analyse à une période spécifique ? Une enquête qui commence exactement là où une personne arrive soulève, inévitablement, des interrogations.

Procès médiatique, silence imposé et principes de justice

Pendant ce temps, la réputation de Rao Ramah se retrouve exposée dans l’espace public. Ses vues ont été sollicitées, mais il ne peut s’exprimer. Depuis décembre 2024, une instruction formelle du conseil d’administration de la CNT lui interdit toute communication avec la presse. Il lui est donc impossible de répondre publiquement, alors même que les déclarations et insinuations se multiplient.

Dans tout État de droit, des principes fondamentaux s’imposent : présomption d’innocence, droit à un procès équitable, égalité des armes et non-ingérence de l’exécutif dans le processus judiciaire. Or, certains juristes s’interrogent. Assiste-t-on à un procès médiatique ? Peut-on parler d’équité lorsque l’une des parties est réduite au silence ? Existe-t-il un risque d’interférence dans le travail d’éventuelles instances d’enquête ?

Quand la communication remplace la justice

Une impression persiste. Celle d’un dossier construit à l’envers : une conclusion suggérée en amont, suivie d’une enquête qui viendrait, éventuellement, la justifier.

Certains y voient une stratégie politique. D’autres une tentative de diversion face à des difficultés actuelles. Mais de plus en plus de voix, parfois discrètes, parfois assumées, évoquent un terme plus direct : persécution. Et dans ce climat où les réseaux sociaux deviennent tribunal et la communication se substitue à la justice, une question demeure, simple mais essentielle : la vérité est-elle encore recherchée… ou a-t-elle déjà été décidée ?

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