Politique : Ramgoolam joue la montre, pendant que tout le monde joue… autre chose


À Maurice, il y a deux saisons bien connues : l’été… et les nominations. Et en ce moment, c’est la haute saison du flou artistique. Depuis quelques semaines, Navin Ramgoolam semble avoir redéfini le concept même du temps politique. Là où certains gouvernent à l’agenda, lui gouverne à l’horloge… en pause. Le pays attend un ou une Deputy Prime Minister ? Très bien. Il attendra encore un peu. Après tout, le suspense est une forme de gouvernance comme une autre.

Pendant ce temps, un nom revient avec l’insistance d’un refrain qui refuse de quitter la tête : Arianne Navarre-Marie. Ancienne de la vieille école parlementaire, députée depuis 1982, elle coche toutes les cases du CV institutionnel solide. Mais à Maurice, on le sait, le CV ne fait pas tout. Il y a aussi… le grand échiquier invisible. Car derrière cette nomination qui semble presque écrite d’avance, il y a ce non-dit que tout le monde dit à demi-mot : l’équilibre ethnique. Une sorte de Sudoku politique où chaque case doit être remplie avec une précision quasi chirurgicale. Remplacer un membre de la population générale par un autre ? Logique implacable, diront certains. Réalité assumée, diront d’autres. Malaise poli, murmureront les plus lucides.

Mais le vrai spectacle ne se joue pas seulement autour d’un fauteuil de DPM. Non, le clou du show, c’est ce fameux mini-remaniement qui ressemble de plus en plus à une partie de poker sans fin. D’un côté, le MMM… ou plutôt sa version allégée, sans Paul Bérenger, un peu comme un plat sans sel : ça existe, mais ça manque de relief. Et pourtant, la fameuse “bande des 15” semble avoir retrouvé un appétit politique féroce. On murmure même qu’ils auraient subtilement placé “kouto emba lagorze” du Premier ministre. Traduction : petit groupe, grandes ambitions.

Résultat ? Les rumeurs fusent plus vite que les communiqués officiels. Veda Baloomoody bientôt ministre ? Peut-être. Mais de quoi ? Mystère. Un portefeuille surprise, façon Kinder politique. Reza Uteem envoyé ailleurs ? Possiblement. Vers les Finances ? Pourquoi pas, tant qu’on y est. Et pendant qu’on redistribue les cartes, Ludovic Casernes pourrait devenir Deputy Speaker, pendant que Tony Appollon lorgne un poste de Junior Minister à l’Environnement. L’environnement politique, lui, est déjà bien chargé.

Dans cette grande pièce de théâtre, un public particulier commence à s’impatienter : les travaillistes eux-mêmes. Assis au premier rang, ils regardent le spectacle… sans être invités sur scène. Sous couvert d’anonymat, sport national en politique, certains lâchent, presque en chœur, une phrase aussi sèche qu’un communiqué sans signature : «laisse zot amizer». Traduction libre : regardons-les jouer… en attendant notre tour.

Car au fond, c’est peut-être ça, la vraie stratégie. Laisser durer. Laisser monter la tension. Laisser chacun croire qu’il est indispensable… avant de rappeler qui tient vraiment le chronomètre. Et pendant que tout ce petit monde spécule, calcule, murmure et s’agite, une vérité demeure : à la fin de la partie, il n’y aura qu’un seul maître du temps. Et pour l’instant, il n’est visiblement pas pressé.

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