Le 5 mai 1996, Maurice se réveillait avec un vide. Une de ces absences qui ne se comblent pas. Celle d’un tribun hors norme, d’un homme de verbe et de panache, d’un politique dont la voix résonne encore dans la mémoire collective : Sir Gaëtan Duval, leader emblématique du Parti Mauricien Social Démocrate.
Né le 9 octobre 1930 à Rose-Hill, Gaëtan Duval n’était pas destiné à passer inaperçu. Brillant avocat formé à l’Université de Paris, il rentre au pays avec une éloquence redoutable et une intelligence politique affûtée. Très tôt, il s’impose aux côtés de Jules Koenig, dont il deviendra l’héritier politique naturel.
Mais Duval, c’était bien plus qu’un homme de parti. C’était un style. Une présence. Une manière unique de faire de la politique, mêlant verve, proximité populaire et sens aigu du rapport de force. Fervent opposant à l’indépendance aux côtés du PMSD, il défendait une vision d’intégration au Royaume-Uni, face au projet porté par Seewoosagur Ramgoolam. L’histoire tranchera en faveur de l’indépendance en 1968, mais Duval, fidèle à son pragmatisme politique, saura évoluer.
Après la défaite de 1967, il surprend en intégrant le gouvernement d’unité nationale en 1969. Ce choix, critiqué à l’époque, s’inscrit pourtant dans une logique qui deviendra sa marque : peser là où les décisions se prennent. Ministre à de nombreuses reprises sous Sir Seewoosagur Ramgoolam puis sous Anerood Jugnauth, il laisse une empreinte concrète dans plusieurs secteurs clés.
On lui attribue notamment un rôle déterminant dans l’essor du tourisme mauricien dans les années 70 et 80, à une époque où l’île cherchait encore sa voie économique. Visionnaire, il comprend très tôt le potentiel de Maurice comme destination internationale. Il contribue également, indirectement, à soutenir l’expansion du secteur textile, pilier de la diversification économique post-sucre.
Mais c’est aussi dans l’arène parlementaire que Duval marque les esprits. Leader de l’Opposition à quatre reprises, il incarne une opposition combative, parfois théâtrale, mais toujours incisive. Son talent oratoire, souvent ponctué d’humour et de piques acérées, faisait de lui un redoutable débatteur, capable de captiver comme de déstabiliser.
Homme de reconnaissance internationale, il reçoit la Légion d'honneur et est anobli par la reine Elizabeth II, des distinctions à la hauteur de son influence, au-delà même des frontières mauriciennes.
Il fut aussi maire de Port-Louis, une ville qu’il connaissait intimement et dont il incarnait, à bien des égards, l’âme vibrante.
Trente ans après sa disparition, Sir Gaëtan Duval reste une figure à part. Admiré, contesté, parfois dérangeant, mais jamais ignoré. Dans une époque politique souvent aseptisée, il rappelle que la politique peut aussi être une affaire de caractère, de courage et de conviction.
Son héritage dépasse les clivages. Il appartient désormais à l’histoire de Maurice. Une histoire qu’il a contribué à écrire, avec éclat.