Comité du badminton : une nomination explosive qui défie le Sports Act


La polémique autour de la gouvernance de l’Association mauricienne de badminton (AMB) a franchi un nouveau cap à l’Assemblée nationale, révélant bien plus qu’un simple désaccord administratif : une ligne de fracture profonde entre discours institutionnel et pratiques politiques.

Interpellé par le député Franco Quirin, le ministre de la Jeunesse et des Sports, Deven Nagalingum, s’est retrouvé sur la défensive concernant la nomination de Nicolas Bolli à la présidence du comité temporaire chargé d’organiser les élections de l’AMB.

Une nomination qui pose un problème de principe

Au cœur de la controverse : le profil même de Nicolas Bolli. Conseiller municipal de Beau-Bassin/Rose-Hill, activiste politique identifié du MMM dans la circonscription no.19, et ancien proche collaborateur de Rajesh Bhagwan à l’époque où ce dernier occupait le poste de Whip de l’Opposition, Bolli incarne difficilement la neutralité attendue dans une structure appelée à réguler une fédération sportive. Certes, le ministre a rappelé qu’aucun critère légal précis ne régit la composition des comités temporaires. Un vide juridique qu’il utilise comme ligne de défense. Mais politiquement, l’argument peine à convaincre.

Car au-delà du droit strict, c’est la cohérence institutionnelle qui est en jeu.

Le Sports Act : un esprit contourné ?

La référence est claire. La section 6(F) du Sports Act de 2016 stipule que toute fédération doit “ensure that no person actively engaged in politics […] acts as chairperson” au sein de ses structures. Certes, le texte vise explicitement les fédérations, comités régionaux et clubs affiliés. Mais peut-on sérieusement soutenir que cet esprit de neutralité ne devrait pas s’appliquer à un comité temporaire… surtout lorsque celui-ci détient des pouvoirs décisionnels réels, notamment dans l’organisation d’élections ?

C’est précisément là que le bât blesse. En autorisant voire en orchestrant la nomination d’un profil politiquement marqué à la tête d’un organe de transition, le ministère envoie un signal contradictoire : ce qui est interdit aux fédérations serait toléré, voire encouragé, au sommet de la gouvernance transitoire.

Une ligne rouge morale franchie

Le débat dépasse désormais le cadre juridique. Il devient éminemment moral et politique.

Comment exiger des fédérations une stricte neutralité politique si, dans le même temps, l’État introduit lui-même des figures partisanes dans des structures clés ? Comment garantir la crédibilité d’un processus électoral supervisé par un comité dont la présidence est associée à un engagement politique actif ?

La réponse du ministre, affirmant que l’engagement politique n’empêche pas une action “indépendante” a laissé perplexe. Et pour cause : dans un contexte où la perception compte autant que la réalité, l’indépendance ne se décrète pas, elle se démontre.

Une gouvernance fragilisée, un sport pris en otage

Autre élément troublant : la reconnaissance persistante, par la Badminton World Federation, du comité directeur dissous. Une situation qui crée un double pouvoir implicite et fragilise davantage la gouvernance de la discipline. Entre légitimité internationale et recomposition locale, les athlètes se retrouvent au cœur d’un flou institutionnel préoccupant.

Conclusion : une affaire symptomatique

Cette affaire illustre une dérive plus large : celle d’une politisation rampante des structures sportives, sous couvert de pragmatisme administratif. Le gouvernement joue ici une partition risquée. Car en voulant combler un vide juridique, il ouvre une brèche politique. Et dans le sport comme en politique, ce sont souvent les zones grises qui finissent par coûter le plus cher.

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