La décision du gouvernement de suspendre l’introduction du « means testing » pour la Basic Retirement Pension (BRP) ne suffit pas à rassurer ceux qui s’opposent à la réforme du système de pension. Pour Dave Kissoondoyal, fondateur du mouvement STOP (San Tous Ou Pension), ce recul constitue surtout un aveu que les autorités ont sous-estimé l’ampleur de la contestation populaire.
Dans une déclaration rendue publique ce lundi, il estime que le gel du « means testing » ne règle en rien le problème de fond : le relèvement progressif de l’âge d’éligibilité à la pension de vieillesse de 60 à 65 ans.
« Si le gouvernement reconnaît aujourd’hui que le means testing est inacceptable aux yeux de la population, pourquoi refuse-t-il de revenir également sur la hausse de l’âge de la retraite ? », s’interroge-t-il.
Dave Kissoondoyal rappelle que ni le relèvement de l’âge d’éligibilité ni l’introduction du means testing n’avaient été présentés aux électeurs lors de la campagne électorale. Selon lui, ces mesures majeures n’apparaissaient pas dans le programme sur lequel l’actuelle majorité a été élue.
Pour le fondateur de STOP, la pension de vieillesse ne doit pas être considérée comme une simple dépense budgétaire. « Il s’agit d’un contrat social entre l’État et les citoyens », affirme-t-il, soulignant que des générations de Mauriciens ont organisé leur avenir en fonction de ce droit universel acquis à 60 ans.
Il reproche également au gouvernement d’avoir privilégié une approche strictement comptable au détriment des réalités humaines. « Les budgets sont faits de chiffres, mais les nations sont construites autour des personnes », insiste-t-il.
Dave Kissoondoyal rappelle qu’une Commission sur la réforme des pensions avait été mise en place précisément pour permettre des consultations approfondies et un dialogue national avant toute décision. Or, selon lui, les changements annoncés sont intervenus avant même que ce processus ne soit pleinement achevé.
Il estime par ailleurs qu’une inquiétude grandissante s’installe au sein de la population. Après le report de l’âge d’éligibilité de 60 à 65 ans, puis la tentative d’introduire le means testing, de nombreux citoyens craignent désormais un démantèlement progressif du caractère universel de la pension.
Face aux arguments budgétaires avancés par les autorités, Dave Kissoondoyal plaide pour d’autres solutions. Il cite notamment le potentiel considérable de l’économie bleue, des industries marines, des énergies renouvelables offshore et de la valorisation des ressources océaniques comme sources de richesse capables de soutenir durablement le financement de la protection sociale.
Pour lui, le message envoyé par la population est désormais sans équivoque : le gouvernement doit abandonner toutes les réformes qui remettent en cause l’universalité de la Basic Retirement Pension.
À défaut, il estime que l’exécutif devrait retourner devant les électeurs avec un programme électoral clairement axé sur la réforme des pensions afin d’obtenir un nouveau mandat démocratique.
« On ne peut pas faire campagne sur un programme et gouverner sur un autre », soutient-il.
Le fondateur de STOP conclut en rappelant que la pension de vieillesse demeure l’un des piliers du modèle social mauricien, symbole de solidarité entre les générations et reconnaissance d’une vie de contribution à la société. Selon lui, un tel acquis ne peut être modifié sans le consentement explicite de la population.