« Soldat lalit, militan serre nou lerein… komie cyclone pou vini, pa laisse nou latet ale baisser. »
Les mots de Siven Chinien résonnent aujourd’hui avec une intensité presque douloureuse. Car au moment même où ces paroles appellent à la résistance, c’est une impression de relâchement, voire de rupture qui traverse le MMM.
Au Parlement, la présence remarquée de la quasi-totalité des députés mauves, à l’exception de quelques figures, en dit long. Ce n’est plus un simple malaise. C’est un signal. Un signal politique fort, presque brutal : celui d’un parti qui semble vaciller de l’intérieur.
Le MMM, longtemps perçu comme une force structurée, disciplinée et idéologiquement solide, donne aujourd’hui l’image d’un navire pris dans une tempête qu’il ne maîtrise plus. Une nouvelle fissure apparaît, peut-être la plus profonde, la plus dangereuse de son histoire.
« Kan mem fizi pou santer, kan mem kanon pou danser… » Mais aujourd’hui, ce ne sont plus les armes de la lutte qui résonnent. Ce sont les silences, les absences, et les repositionnements.
Car derrière cette crise, une réalité dérangeante se dessine : certains cadres du MMM semblent désormais regarder ailleurs. Rajesh Bhagwan, Ajay Gunness, Aadil Ameer Meea, Arianne Navarre-Marie… autant de noms qui, selon les signaux actuels, ne cachent plus leur rapprochement idéologique, voire stratégique, avec Navin Ramgoolam.
Un basculement lourd de sens. Car pour les militants, ceux qui ont cru, combattu et tenu la ligne pendant des années, le choc est immense. Comment accepter que le combat d’une vie puisse se diluer dans des calculs politiques ? Comment comprendre que des principes longtemps défendus avec ferveur puissent aujourd’hui être négociés, voire abandonnés ?
La chanson le disait pourtant : « Dan la lutte pena récompense si la vérité nou sincère. » Mais aujourd’hui, une autre réalité semble s’imposer : celle d’une lutte monnayée, troquée contre des portefeuilles ministériels, contre des positions de pouvoir.
Et c’est là que réside la véritable rupture. Pas seulement une fracture politique. Une fracture morale. Car au-delà des alliances, des stratégies et des ambitions personnelles, c’est la confiance des militants qui est en jeu. Une confiance fragile, construite sur des décennies de combat, et qui pourrait aujourd’hui s’effondrer.
Le MMM est à un tournant. Soit il se réinvente, retrouve son âme et recolle ses morceaux.
Soit il s’enfonce dans une lente dilution, jusqu’à devenir l’ombre de ce qu’il a été. Et pendant que le cyclone approche, une question demeure : les soldats de la lutte tiendront-ils encore debout… ou baisseront-ils la tête ?
