Elle a perçu sa pension de veuve pendant près de vingt-quatre ans, sans interruption, sans contestation, avec une carte officielle délivrée par la Sécurité sociale et la mention explicite qu’elle était « entitled to this benefit ». Aujourd’hui, l’État lui réclame Rs 1 730 899.
Dans une lettre datée du 19 février 2026, le ministère de l’Intégration sociale, de la Sécurité sociale et de la Solidarité nationale l’informe que sa Basic Widow’s Pension est discontinue avec effet immédiat. Motif invoqué : son mariage religieux célébré le 3 juillet 1988 n’aurait jamais été enregistré au Civil Status Office et ne produirait donc « aucun effet légal » en vertu de la loi. En conséquence, elle ne pourrait être considérée comme veuve au sens de la National Pensions Act.
Mais le choc ne s’arrête pas là. L’administration affirme qu’elle aurait été indûment payée entre mars 2001 et août 2025 et exige désormais le remboursement de la somme totale de Rs 1 730 899. Autrement dit, une erreur présumée remontant à 2001 débouche aujourd’hui sur une dette colossale réclamée à une femme vivant d’une pension sociale.
Pourtant, les documents consultés sont troublants. Une Pension Card 2024/2026 lui a bien été délivrée par les autorités, confirmant officiellement son droit à la prestation jusqu’en mars 2026. Pendant vingt-quatre ans, les paiements ont été effectués régulièrement, sans qu’aucune irrégularité ne soit soulevée.
Un responsable religieux a, par ailleurs, attesté par écrit que le Nikah avait bien été célébré en 1988 dans une mosquée de Phoenix, précisant qu’à cette époque le Muslim Family Council n’existait pas encore. Malgré cela, l’administration considère aujourd’hui que le mariage ne peut être reconnu légalement.
Cette affaire soulève une question fondamentale : une bénéficiaire peut-elle être tenue responsable d’une omission administrative vieille de vingt-quatre ans ? L’État peut-il réclamer rétroactivement près de Rs 1,7 million à une veuve pour une situation qu’il a lui-même validée, année après année ?
La principale concernée dispose d’un délai d’un mois pour saisir le National Pensions Appeal Tribunal. Mais au-delà de son cas personnel, ce dossier pourrait créer un précédent inquiétant. Si une pension versée pendant plus de deux décennies peut être requalifiée du jour au lendemain en « trop-perçu », combien d’autres bénéficiaires pourraient un jour recevoir une lettre similaire ?
Pour cette veuve de Rose-Hill, la stupeur laisse place à l’angoisse. Après vingt-quatre ans de reconnaissance officielle, l’État lui demande aujourd’hui de rembourser une somme qu’elle n’aurait jamais imaginé devoir un jour.
