« Plito ti perdi l’élection » : quand le Premier ministre avoue son impuissance


Lors de la cérémonie marquant le 60ᵉ anniversaire du Gahlot Rajput Maha Sabha, ce dimanche 8 février au Rajput Mandir, à Bell-Village, une déclaration du Premier ministre Navin Ramgoolam a provoqué malaise et interrogations bien au-delà de l’assemblée présente.

« Je dis souvent à mon épouse : plito ti perdi l’élection ». Une phrase lancée sur le ton de la confidence, mais qui résonne aujourd’hui comme un aveu de lassitude, voire d’impuissance, au sommet de l’exécutif.

Car lorsqu’un chef de gouvernement en exercice laisse entendre qu’il aurait préféré ne pas accéder au pouvoir, ce n’est plus de l’humour politique. C’est un signal faible devenu public, un doute personnel projeté sur la scène nationale.

Depuis son retour aux affaires, le Premier ministre s’emploie régulièrement à expliquer les difficultés actuelles par l’héritage de l’ancien régime. Délabrement institutionnel, finances publiques sous tension, administration en perte de repères : le narratif est rodé. Mais à force de vouloir noyer le poisson, le discours finit par trahir une réalité plus dérangeante : c’est bien sous le mandat actuel que le pays semble s’enliser.

Inflation persistante, climat social tendu, insécurité grandissante, perte de confiance généralisée… Les Mauriciens jugent sur pièces, non sur les bilans d’hier. Et l’argument du « pourrissement hérité » ne suffit plus à masquer une incapacité manifeste à redresser la barre.

La déclaration de Bell-Village n’est donc pas anodine. Elle ressemble à une déclaration de faiblesse politique, prononcée sans filtre, comme si le poids de la fonction devenait trop lourd à porter. Or, gouverner exige clarté, autorité et conviction — pas des regrets exprimés en public.

Dès lors, une question s’impose : si le Premier ministre doute lui-même de la légitimité ou du sens de son mandat, pourquoi s’y accroche-t-il encore ? Dans une démocratie vivante, le doute au sommet appelle une réponse simple et saine : rendre la parole au peuple.

Quand le pouvoir hésite, quand le pays vacille, les urnes restent le seul arbitre légitime.

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