L’ancien Second Deputy Governor, Gerard Sanspeur fait le bilan de ses 9 mois en fonction à la Banque de Maurice. Dans sa publication sur Facebook ce jeudi, Sanspeur revient sur les défis qu’il a dû surmonter et affirme que le rôle d’un SDG n’est pas de figurer dans l’ombre.
« En neuf mois, j’ai voulu imprimer une dynamique nouvelle, parfois audacieuse, souvent nécessaire, toujours tournée vers l’avenir. Être contraint à la démission fut une expérience douloureuse et injuste. Mais plutôt que de m’y attarder, je préfère regarder ce qui a été accompli. Mon bilan n’est pas seulement celui d’un mandat écourté, mais celui d’un cycle de réformes qui, je l’espère, auront une vie bien plus longue que ma présence dans les murs de la Banque », explique l’ancien SDG.
Pour lui, la Banque centrale nécessitait d’une culture plus « transparente » et « responsabilisante ». Il affirme avoir instauré des ‘work plans’ hebdomadaires et trimestriels, ce qui n’a jamais été fait en 60 ans d’existence. « L’idée était simple : chaque département devait rendre compte de ses réalisations, des difficultés rencontrées et des objectifs à venir. Cette pratique, inspirée des meilleures banques centrales, a immédiatement apporté plus de visibilité et de rigueur », résume Sanspeur. Ce dernier avance avoir également introduit un rituel baptisé les Top-5-Things (T5T) qui comprend d’un résumé hebdomadaire des cinq choses essentielles sur lesquelles chaque équipe travaillait.
Parmi les autres réalisations de Sanspeur en 9 mois, il faut noter que l’ancien SDG a aussi lancé un programme ‘paperless’ qui vise à réduire l’utilisation du papier par 50%. « C’était un signal : la Banque devait s’inscrire dans une logique moderne, écologique et digitalisée.
Je garde d’ailleurs un souvenir marquant de mes participations aux réunions du Board de la BOM et du Monetary Policy Committee. J’y venais avec mon iPad, tandis que le Gouverneur et le First Deputy Governor arrivaient encore avec leur tablette mais aussi d’énormes piles de documents papier. Cette petite différence illustrait parfaitement le changement de culture que je voulais incarner : efficacité, sobriété et modernité, plutôt que lourdeur et archaïsme », dit Sanspeur.
Placer l’humain au cœur de l’institution
Gérard Sanspeur explique avoir eu une considération extrême pour les 400 employés de la BOM. Il dit avoir noté lors de sa prise de fonction que les processus de gestion des ressources humaines étaient restés figes dans une autre époque. « J’ai choisi une approche différente : redonner la parole aux employés et les responsabiliser. J’ai instauré un weekly report individuel pour chaque membre du staff. Ces rapports n’étaient pas un exercice bureaucratique, mais un outil de coaching, permettant à chaque supérieur d’accompagner ses équipes et de reconnaître leurs efforts », affirme l’ancien SDG.
Pour ce qui du département de Supervision, Gérard Sanspeur se dit fier d’avoir pu introduire trois innovations majeures dont, la création d’une fonction de Quality Assurance, garante de la rigueur et de la cohérence dans les inspections et analyses, la mise en place de plans annuels de supervision, offrant une vision structurée et transparente de la stratégie de surveillance et l’introduction du principe de proportionnalité, permettant d’adapter l’intensité de la supervision en fonction de la taille, du profil de risque et de l’importance systémique de chaque institution.
Payment Oversight Department – une réalité
Gérard Sanspeur annonce également la mise sur pied du Payment Oversight Department. Un projet vieux de 15 ans. La création de ce département était capitale : dans une économie de plus en plus digitalisée, les paiements sont la colonne vertébrale de la confiance. Les surveiller, c’est protéger les citoyens et renforcer la stabilité financière. Ce projet, attendu depuis 15 ans, a enfin vu le jour.
Parmi les autres réalisations de Sanspeur c’est la digitalisation de nombreux services, la mise en place du National FinTech Committee et la création de la Mauritius Deposit Insurance Corporation.
« Ces neuf mois furent intenses, exigeants, parfois chaotiques. Mais ils furent aussi riches de résultats. J’ai voulu préparer la Banque de Maurice à affronter les défis de demain : digitalisation, supervision moderne, gouvernance interne, innovation et confiance du public. Mon départ forcé a mis fin à cette mission, mais pas aux réformes amorcées. Celles-ci appartiennent désormais à l’institution et au pays. Si j’ai une fierté, c’est d’avoir prouvé qu’en neuf mois seulement, il est possible de semer des graines qui, demain, pourront transformer une banque centrale et, à travers elle, le système financier tout entier », conclut l’ancien SDG de la Banque de Maurice.
