Dans une prise de position aussi audacieuse que structurée, Parvèz Dookhy, docteur en droit formé à la Sorbonne, avocat à la Cour de Paris et spécialiste en droit constitutionnel, appelle à une réforme en profondeur du système institutionnel mauricien. Au cœur de sa proposition : permettre la nomination de ministres non élus, recrutés pour leur expertise, afin de renforcer l’efficacité de l’action publique.
Attaché aux fondements démocratiques et à la légitimité issue du suffrage universel, l’avocat reconnaît lui-même formuler cette proposition « à contrecoeur ». Mais pour lui, l’intérêt supérieur de l’État doit primer. Dans un contexte où les enjeux deviennent de plus en plus techniques et complexes, il estime que Maurice ne peut plus se permettre un déficit de compétences au sommet de l’appareil décisionnel.
Selon Parvèz Dookhy, plusieurs secteurs clés, notamment l’économie, l’éducation, la santé ou encore la culture, souffrent aujourd’hui d’un manque de maîtrise technique au niveau ministériel. « L’exigence contemporaine de bonne gouvernance commande que les portefeuilles soient confiés à des personnalités disposant d’une expertise avérée », soutient-il.
Une réforme inspirée d’un modèle existant
La proposition consisterait à modifier la Constitution afin d’autoriser la nomination d’environ cinq ministres issus de la société civile, à l’image du poste d’Attorney General, qui peut déjà être désigné en dehors du Parlement. Ces profils, choisis pour leurs compétences spécifiques, viendraient compléter l’action des élus sans remettre en cause le principe de démocratie représentative.
Pour le juriste, il ne s’agit pas d’un recul démocratique, mais au contraire d’un renforcement du système actuel. « Réformer, ce n’est pas renier. C’est adapter nos institutions aux exigences du temps », affirme-t-il.
Garantir l’équilibre institutionnel
Conscient des risques de déséquilibre institutionnel, Parvèz Dookhy propose en parallèle des garde-fous clairs. Il suggère notamment que certaines fonctions clés demeurent exclusivement réservées à des élus du peuple. Ainsi, le Speaker de l’Assemblée nationale devrait impérativement être un député, tout comme le Président de la République, afin de préserver la légitimité républicaine et l’ancrage démocratique des institutions.
Un débat de fond relancé
Cette proposition relance un débat de fond sur la gouvernance à Maurice, à l’heure où les attentes en matière de performance publique, de transparence et de compétence n’ont jamais été aussi élevées. Entre impératif démocratique et exigence d’efficacité, la réflexion posée par Parvèz Dookhy ouvre la voie à une relecture des équilibres institutionnels.
Dans un ton sans détour, le constitutionnaliste met en garde : sans adaptation des structures actuelles, le pays pourrait se diriger vers une impasse. « Autrement, on va vers le crash », prévient-il.
Un signal fort qui ne manquera pas de faire réagir tant la classe politique que la société civile dans les semaines à venir.
