Dans une récente prise de position, Kugan Parapen avance un argument qui, à première vue, semble implacable : réduire de moitié les salaires des élus n’aurait qu’un impact dérisoire sur le prix du carburant, à peine 12 sous par litre. Un chiffre choc, destiné à démontrer l’inutilité des mesures « symboliques » et à recentrer le débat sur une réforme fiscale plus profonde. Mais derrière cette démonstration arithmétique, plusieurs zones d’ombre méritent d’être examinées avec recul.
D’abord, la logique purement comptable utilisée par Parapen pose question. Oui, les chiffres sont cohérents : face à une consommation annuelle massive de carburant, les économies générées par une baisse des salaires politiques apparaissent marginales. Mais réduire le débat à une simple équation budgétaire, c’est ignorer la dimension politique et symbolique de telles décisions. Dans un contexte où la défiance envers la classe politique est forte, une réduction des privilèges peut avoir un effet bien plus large que son impact monétaire direct : elle peut restaurer une forme de crédibilité et de solidarité nationale.
Ensuite, l’argument central de Parapen glisse rapidement vers une proposition idéologique assumée : instaurer une fiscalité plus progressive, notamment en taxant davantage les hauts revenus au-delà de Rs 150,000 mensuels. Sur le fond, le débat est légitime. Mais la manière dont il est posé simplifie à l’extrême une réalité économique plus complexe. Opposer « petits bourgeois » et « peuple » peut séduire politiquement, mais ne répond pas entièrement aux enjeux structurels de l’économie mauricienne, notamment la compétitivité, l’attractivité fiscale et la fuite potentielle des talents.
Par ailleurs, la comparaison avec l’ancien système fiscal d’avant 2006, plus progressif, mérite d’être nuancée. Le contexte économique de l’époque était différent, tout comme les dynamiques d’investissement international. Revenir à une taxation plus élevée sans prendre en compte ces évolutions pourrait produire des effets contraires à ceux recherchés.
Autre point de fragilité : la promesse d’une baisse significative du prix du carburant, jusqu’à Rs 5 par litre, financée par une taxation accrue des hauts revenus. L’idée est séduisante sur le papier, mais elle repose sur des hypothèses optimistes quant aux recettes fiscales générées. Or, dans la pratique, ce type de réforme dépend fortement du comportement des contribuables concernés, qui disposent souvent de leviers d’optimisation ou de mobilité.
Enfin, le discours de Parapen se veut pragmatique, « privilégier l’impact réel plutôt que le symbolisme », mais il n’échappe pas lui-même à une forme de simplification. Car la politique publique ne se limite jamais à des calculs économiques : elle repose aussi sur des choix de société, des arbitrages et des signaux envoyés à la population.
En définitive, si Kugan Parapen a le mérite de ramener le débat sur des bases chiffrées et de poser la question cruciale de la justice fiscale, son raisonnement reste partiel. Entre symbolique politique et efficacité économique, la solution ne se situe probablement ni dans les « 12 sous », ni dans une taxation ciblée présentée comme miracle, mais dans une approche plus globale et équilibrée de la réforme fiscale à Maurice.